On vient, on joue, on gagne et on s'en va

Toronto Lynx - Impact Montréal 0-2 – Match de championnat (phase classique) joué le 29/05/2004

 
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TORONTO : Hancock, Mayard (75e Arango), Mattachione, Blois (46e Bartolomeu), Steele (72e Pavic), Prostran (61e Di Placido), Munthali, Dodds, Hughes, Gerba, Nusum

MONTRÉAL : Sutton, Di Tullio, Gervais, Barker (49e Ribeiro), Vincello (80e Selaidopoulos), Grande, Ze Roberto, Biello, Leduc (74e Hainault), Commodore (58e Sebrango), Bailey (60e Budalic)

ARBITRE : M. Farias

AVERTISSEMENTS : Munthali, Hughes, Bartolomeu

LES BUTS : 15e Commodore (0-1), 44e Commodore (0-2)


C'est avec une grande joie qu'est arrivé ce premier (et, on espère, pas dernier) déplacement de la saison, chez le fief du voisin Torontois, à moitié ennemi, à moitié ami, et à moitié pris en pitié.

Rendez-vous avait été donné à 9h30 à Robillard et ceux qui sont venus en métro se sont rencontrés exprès ou par hasard en chemin. Deux voitures rutilantes, conduites par Christian et François, nous attendaient et c'était parti pour six heures de route.

Evidemment, dans les deux chars, on s'est bien marré et si tout le monde était encore crevé de la veille (voire de la nuit pour certains, quelle idée d'aller voir sa blonde entre deux matches pareils...), personne n'a vraiment dormi longtemps (max 30 minutes) sur le chemin. Premier arrêt à Kingston, non pas pour acheter de la jamaïcaine mais bien pour manger et se dégourdir les jambes avec le ballon de Bob.

Direction le stade ensuite, avec quelques autres rigolades, une idée marketing géniale de François (la Québécoise : c'est le nom de la future bière... je prendrais bien deux québécoises, une blonde et une brune) et Bob qui ne savait pas s'il devait s'accoter sur Sandrine ou Amélie pour dormir confortablement.

Toronto en vue, la tour CN, plein de voitures soudainement sur la route à 50 (!) km de la ville : nous y voilà, faut maintenant pas se perdre comme l'an dernier. Mais cette fois, on n'avait pas le plan fourni par l'équipe adverse qui veut certainement vider son stade désert en donnant un truc incompréhensible, mais une carte avec un chemin correctement indiqué. On sort de l'autoroute, on tourne deux fois, et on y est !

Mais il y a un gros problème. Nico ne veut pas rentrer. Il a peur d'un nouveau Furiani... Il craint que la tribune (?) de presse ne s'écroule et qu'il y ait des morts. Vision d'horreur, il ne veut pas vivre ça. Alors, pour se changer les idées, tout le monde part à la quête du Beer Store, seul endroit où trouver l'eau jaune qui rend fou dans cet état rétrograde appelé l'Ontario.

Ce fut difficile puisqu'on a mis presque autant de temps que pour venir de Montréal afin de trouver le vendeur de précieux liquide (non, je déconne, mais on s'est perdu deux fois) et après avoir choisi à la carte, on est repartis avec 24 Molson et 4 Kilkenny.

On avait encore le temps et à Toronto, même s'il y a des gens d'une ère mystérieuse de l'histoire de l'humanité, il y en a aussi d'autres très intelligents. Eh oui, j'y ai vu de très belles choses dont on ferait bien de s'inspirer ici et je vais toutes les dire maintenant même si chronologiquement, ça colle pas.

Alors, la première, dont il est question juste au-dessus, ce sont des buts dans les parcs. Oui, autour du stade, il y a un parc. Et dans le parc, il y a plein de buts ! Des grands, des petits, certains avec filets, d'autres sans. Pas de terrain de tracé, rien de réglementaire, juste une place pour jouer et avoir du fun ! Merci, bravo ! D'ailleurs, il y avait plein de jeunes qui jouaient. Pourquoi on n'a pas ça qu Québec ? C'est grand Dieu pas difficile de mettre des buts dans des parcs. Un morceau de fer, trois morceaux de bois, je sais pas moi, ça coûte rien, faut même pas entretenir ça (du moment que ça ne menace pas de s'écrouler) et ça permet à plein de monde de jouer. En plus, ça change des grands terrains où si on n'est pas quinze, on peut difficilement jouer et où c'est moins drôle quand on veut se faire un petit foot entre copains. C'est un truc qui me marque depuis que je suis au Québec et les Québécois avec qui j'en avais parlé m'avaient dit "ça ne se fait pas". Ben tiens, et pourquoi pas ? Même en Ontario ils ont compris ça ! Alors, vite, des petits goals dans les parcs, qu'on puisse facilement jouer entre copains !

Deuxième chose : le match commence à l'heure ! Ah, oui, ça aussi on ne sait pas faire ici, avec tout le protocole débile. Eux aussi, ils l'ont, le protocole débile, et pourtant, le coup d'envoi est donné à temps ! Pourquoi on ne sait pas faire ça ici ? Ca éviterait en plus que tout le monde qui vient se dise que de toute façon, ça commence en retard et arrive encore plus en retard (genre presque à la mi-temps). Alors messieurs de l'Impact, pour une fois que Toronto donne le bon exemple, suivez-le et que le coup d'envoi soit donné à l'heure prévue.

Dernière chose, un peu en rapport avec la première mais pas du tout avec le foot. A la sortie du stade, il y avait un marchand de glaces. Pourquoi on n'a pas ça ici nous ? Je parle pas au stade, là je m'en fous, quoi qu'il pourrait se faire des couilles en or avec le nombre d'enfants qui viennent. Non, je parle dans la rue, avec sa camionnette, il a une petite sonnerie et il s'arrête à tous les coins de rue l'été. Je serais un bon client et je ne serais pas le seul, c'est sûr ! Je pensais de nouveau que c'était un truc qui ne se faisait pas en Amérique (pourtant, j'ai vu ça souvent dans les Simpson), eh bien il y en a en Ontario. Alors, le Québec, remuez-vous le cul, on en veut aussi ! En plus, avec tous les Italiens qu'il y a ici, faut pas me faire croire que personne sait faire de bonnes glaces.

Donc, pour en revenir au premier compliment, on s'est emparé d'un but et on s'est fait quelques passes et quelques tirs, souvent une bière à la main, chacun dans son genre. Cela va du style Béjart en passant par des frappes de mules, un roi du jonglage et un roi des têtes (j'ai nommé rois nos deux chauffeurs du jour). On aurait eu besoin d'un ramasseur de balles aussi, surtout pour les puissants envois au-dessus, mais comme ils sont tous à Roland Garros en ce moment, personne n'était disponible pour nous. Au fait, les gars, c'est quand qu'on se fait un petit foot à Montréal ? Même jouer comme on a fait là-bas, c'est très sympa. Pas besoin de plus pour s'amuser.

Il était alors temps de se présenter dans le stade dans lequel Nico a finalement voulu entrer puisqu'on ne devait pas passer sous la tribune de presse. On a rencontré sur place deux sympathiques demoiselles venues de Philadelphie, l'une d'entre elles (sur la photo) étant la blonde de Ze Roberto, qui a semble-t-il filmé toute la prestation de son protégé. Le temps d'installer les drapeaux et de se chauffer la voix, et il était l'heure du match (les joueurs étaient même prêts à l'avance) qui a donc commencé à temps (oui, j'insiste !).

La composition montréalaise était très semblable à celle de la veille alors que pourtant certains joueurs devaient être fatigués. Cela laisse penser que Nick a de plus en plus son équipe en tête. Les plus gros points d'interrogation se situent à l'attaque où, pour le moment, il fait commencer les hommes en forme (ou pas blessés). Cette fois, c'est Commodore qui a été titularisé, une juste récomense pour sa bonne prestation le soir d'avant où, monté à 20 minutes de la fin, il a montré de belles choses et inscrit son troisième but de la saison (en 56 minutes de jeu en tout). Autre changement dans le onze de base : le retour de Grande, suspendu la veille, et à qui on avait bien dit que malgré les mœurs très spéciales en soccer ici, il ne fallait pas confondre piquet de corner et javelot.

Enfin, la disposition des joueurs sur le terrain aussi était différente, avec un 3-4-3 nettement marqué. Biello jouait devant, vraiment, et comme un attaquant (au lieu de leur coller aux fesses et de leur marcher sur les pieds comme lors des deux rencontres qu'on avait vues à Montréal). Nos trois avants ont aussi permuté quelques fois en cours de partie, déstabilisant les défenseurs adverses (autre bonne idée). Une option très offensive que De Santis avait promis en début de saison contre les adversaires plus faibles, quand on jouerait à domicile. Il n'y a pas de raison qu'il s'en prive en déplacement et il avait pu constater que Toronto (malgré une victoire sur Rochester), c'est pas vraiment ça.

Grande, de retour dans son rôle de métronome, a pu cette fois nous convaincre de ses qualités 90 minutes durant et s'il doit encore confirmer les belles choses qu'il a montrées, on peut d'ores et déjà dire que quand il est sur le terrain, les yeux de ses équipiers sont souvent tournés vers lui (et celui des spectatrices dans la tribune à Montréal aussi). Gervais patron derrière et Grande au milieu, c'est excellent. En outre, avec son 3-4-3, De Santis avait bouché le trou entre lui et Biello, un trou bien problématique auquel il faudra trouver une solution (je doute qu'il conserve son 3-4-3 toute l'année, tout le monde n'est pas aussi faible que Toronto ce week-end).

Si la bonne volonté était clairement présente du côté de l'équipe locale, elle ne put tout simplement rien faire contre un adversaire trop fort. Derrière, on aura remarqué la prestation de Steele, en fait à l'image de la différence entre les deux équipes. L'arrière ontarien a réussi quelques beaux gestes défensifs, mais il n'a pu empêcher Commodore de marquer deux buts. Montréal a fait son match, comme il le fallait, sans être étincelant, mais ils avaient jouer 24h plus tôt, ce qui est une excuse valable.

Et puis, ils ont totalement répondu à l'attente, donc pas de problème. Toronto, de son côté, n'était pas vraiment dangereux même s'il fallait toujours garder Nusum à l'œil (le seul joueur qui sortait du lot dans leur équipe) et si on sait que Gerba peut nous réserver de mauvaises surprises. Sutton a d'ailleurs du sortir un tout grand arrêt quand un boulet de canon du premier nommé se dirigeait droit sous sa transversale : pas de boulette cette fois, et aucun joueur adverse n'a encore fait trembler ses filets cette saison.

On avait passé la demie-heure de jeu mais ça faisait déjà 15 minutes que le marquoir indiquait 0-1 (tiens, leur marquoir est à l'endroit, je viens de le remarquer : encore un truc dont je les félicite). Mais on va prendre les deux buts en même temps tant ils se ressemblent. En fait, le second est une version améliorée du premier. Au quart d'heure, donc, Biello sur la droite a lancé Commodore qui a pris son défenseur de vitesse et s'en est allé battre Hancock. Juste avant la pause, c'est de la gauche que le Ghanéen a été lancé, par Leduc cette fois. Il avait deux défenseurs sur le dos, les a pris de vitesse et est parti battre Hancock en un contre un, plaçant un beau ballon brossé aux abords de sa lucarne gauche.

La deuxième mi-temps fut bien plus calme. Toronto, qui devait sortir de sa coquille pour revenir au score, n'avait plus l'énergie nécessaire (et déjà que quand ils l'avaient, c'était pas terrible...) Les Montréalais, eux aussi éprouvés de tant d'efforts sur deux jours, n'ont pas forcé et ont contrôlé la partie. Il y eut l'une ou l'autre séquence de quelques minutes consécutives où on vit ressurgir des fantômes de Lilley, avec un repli massif derrière, mais ce fut chaque fois corrigé (car cette année, on a un coach qui se rend compte que ce n'est pas normal) et nos joueurs reprirent le contrôle du match et de l'adversaire.

0-2 score final et six points, six buts en deux jours (je suis fier de mes pronostics, j'aurais vraiment dû parier, je me serais fait du blé). Même si le score n'est pas aussi impressionnant que la veille et les circonstances sont différentes, la prestation de samedi a été plus convaincante. D'ailleurs, c'est aussi ce que Nick De Santis déclairait après la rencontre. En deux jours, tout le monde a joué, Sutton, Gervais et Di Tullio se retrouvant même 180 minutes sur le terrain. Une mention aussi à Vincello, Biello et Leduc, qui y ont passé plus de 2h30.

Tout le monde disponible a participé à la fête et on a même vu les grands débuts d'Andrew Hainault. Il n'a pas été mis à rude contribution mais a montré quelques belles choses encourageantes pour un jeune de son âge. Chris Williams était également là et finalement, il ne partira pas à Edmonton mais reviendra à Montréal. Des ennuis de santé dans sa famille l'avaient retenu à Toronto jusqu'il y a peu.

Dans les tribunes, ça a chanté, et bien chanté, 90 minutes durant. Pas de problèmes de matériel, de tambour, de drapeau ou je ne sais quoi d'autre. On a bien décoré notre coin et surtout utilisé les deux instruments les plus importants du supporter : la voix et les mains. Des "Montréal olé olé" à "On s'ennuie pas d'Lilley" en passant par "Montréal (clap) (clap)", plein de chansons en lalala, les moments de silence se sont faits rares (sauf en deuxième mi-temps quand certains sont restés scotchés sur l'appareil photo après avoir posé avec des pitounes locales). Points d'orgue et surtout symboles de la journée : "Merci Freddy" (ou "Thank you Freddi, ça dépendait des foins) et "On vient, on joue, on gagne et on s'en va", qui résumait bien nos 1200 km de route pour venir voir un match et repartir juste après. Mais franchement, ça valait le coup.

Nous sommes descendus féliciter les joueurs à leur entrée aux vestiaires et Commodore est venu faire la fête avec nous et sauter dans tous les sens à nos chants (ça se sent qu'il a joué en Allemagne ?). Les sourires étaient larges et il y eut même quelques rires (notamment De Santis) quand on se mit à chanter ce qu'on pensait du coach de l'an dernier. Quand tous les joueurs eurent disparu et fermé la porte des vestiaires, on entendit un hurlement de joie qui en dit long sur l'ambiance qui règne actuellement au sein de l'équipe.

Six buts en deux jours : c'est ce que l'équipe avait marqué lors de ses... sept derniers matches la saison dernière ! Tiens, ma tête se tourne et, évidemment, faut pas croire que Toronto est parfait. Juste devant les vestiaires, une indication que les joueurs doivent rentrer avec... des chaussures propres ! Je les imagine avec leur petite brosse devant la porte un jour de pluie tiens... Et puis, il y eut encore trop de musique et d'annonces durant la partie (de toutes façons, une c'est une de trop, sauf en cas de force majeure, du genre si la voiture de Saputo est mal garée et est en train de se faire enlever par la police).

Après un petit pipi pour la route, et encore de nombreux chants, il était temps de reprendre le chemin de Montréal. Là aussi, tout le monde était étonnamment en grande forme. Une pause bouffe, deux massages érotiques pour Bob et Nico et quelques "Béc Hiii nes" plus tard, c'était le retour vers la civilisation. Encore traverser la ville en bus et une grosse demie-heure de marche pour moi, et hop, à la maison (mais pas au lit, fallait bien mettre le résultat sur le site et des photos en page d'accueil).

L'ambiance a été hyper géniale durant toute la journée. Tout le monde s'est bien marré de bout en bout et même si le calendrier n'est pas très favorable, on espère bien se refaire un déplacement cette saison. Douze heures de route pour jouer au foot une heure et passer deux heures au stade pour le match. Oui, vraiment... on vient, on joue, on gagne et on s'en va ! Mais qu'est-ce qu'on s'amuse et qu'est-ce qu'on aime ça !

 
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