Plus ou moins... logique

Impact Montréal - Rochester Raging Rhinos 1-0 – Match de championnat (phase classique) joué le 07/07/2004

 
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MONTRÉAL : Sutton, Braz, Gervais, Pizzolitto, Vincello, Grande, Ze Roberto, Leduc (66e Ribeiro), Biello (77e Williams), Sebrango (86e Commodore), Bailey (90e Lavrynenko)

ROCHESTER : Zagar, Demmin, Mendes (67e Miller), Wright, J. Wilson, Delgado (57e Trout), Sedgewick, K. Wilson, Steenkamp (65e Tsakiris), Woolfolk (72e Dargout), Carrieri (82e Allnutt)

ARBITRE : M. Liu

AVERTISSEMENTS : Pizzolitto, Braz, Grande, Biello, Wright, Sedgewick

LE BUT : 52e Grande (1-0)


Ceux qui se souviennent de leurs cours de mathématiques à l'école savent encore que plus par plus ça fait plus, moins par moins, ça fait plus, et plus par moins ou moins par plus, ça fait moins. C'est la logique mathématique. Oui mais voilà, dans le glorieux monde du sport, on en est bien loin et c'est ce qui fait toute sa beauté. Le match de ce soir entre Montréal et Rochester nous l'a une fois de plus démontré.

Avec Sutton dans le but et une défense composée de Gervais et Pizzolitto dans l'axe, Braz à droite et Vincello à gauche, on retrouvait presque notre arrière-garde d'il y a deux ans, avec l'Argentin à la place de Barker comme seule exception. Au milieu, Grande, Ze Roberto et Leduc se partageaient la tâche et Biello était chargé d'alimenter les attaquants Bailey et Sebrango.

Pas de Commodore donc dans le onze de base, peut-être une erreur quand on sait qu'il avait des choses à prouver à son ancienne équipe. Mais quand on voit l'échauffement qu'il a eu à la mi-temps, on est directement moins catégorique. Il y avait un autre ancien New Yorkais sur le banc en la personne de Youri Lavrynenko qui avait signé le jour-même son nouveau contrat à Montréal.

Avec deux des meilleures équipes de la compétition, on s'attendait à un match haut en couleurs, comme ce fut la cas la saison dernière à quelques reprises. Surtout que cette année, ô gros changement, ce sera notre seul affrontement à domicile contre ces faux pachydermes à corne. Mais on jouera deux fois chez eux. D'ailleurs, n'affronter qu'une fois une équipe à la maison par saison rend l'évènement encore plus important, que ce soit pour les joueurs ou les supporters. Faudrait juste qu'on commence à s'intéresser au calendrier mais faudrait aussi s'arranger pour qu'il le mérite...

L'enjeu était majeur. Après cinq rencontres consécutives sans victoire et lors desquelles l'équipe a été contrainte aux prolongations, Montréal voulait se ressaisir et montrer qu'elle était bien la meilleure de la A-League comme ce fut le cas lors des 12 premières journées. Rochester restait au contraire sur 4 victoires et sa paire d'attaquants (Carrieri et Woofolk) comptait 12 buts, ce qui n'était pas mal... en apparence. Deux des meilleures attaques de la série et le jeu offensif prôné par Nick De Santis devaient nous offrir une soirée alléchante.

Voilà, la table est mise, passons maintenant au repas. Un repas végétarien allégé. L'enjeu était plus fort que tout et ça s'est remarqué assez rapidement. Si on peut comprendre ça côté montréalais suite aux dernières sorties, on s'étonnait de voir les joueurs de Rochester ne pas tenter de profiter de la dose de confiance supplémentaire dont ils disposaient avant le coup d'envoi. On ne s'en plaindra pas... c'est leur faute après tout.

On aura beau le retourner dans tous les sens, ce match me fait penser à Suède - Pays-Bas, à un tout autre niveau évidemment. Deux belles équipes aussi qui n'ont pas offert le spectacle attendu à cause de l'enjeu. Ce qui n'a pas pour autant donné un mauvais match, mais certainement pas spectaculaire aux yeux du grand public. Et là, c'est valable pour les deux rencontres même si lors de celle de l'Euro, il y eut les tirs au but pour faire vibrer tout le monde.

Tout cela est très négatif vous dites-vous, et vous n'avez pas tort. Et pourtant, à l'issue de ce match, je suis très positif. Car, dans un état d'esprit qui n'était pas idéal, on a gagné contre un adversaire réputé dangereux et on a montré que dans de meilleures dispositions, on n'aurait absolument pas à le craindre. Evidemment, peut-être qu'ils ont joué un mauvais match mais comme il est impossible d'avoir des images régulières de la A-League, c'est finalement très difficile de juger la prestation d'un adversaire par rapport à son potentiel. On en saura déjà plus vendredi.

Les occasions et même les tirs au but se sont fait prier. Il a fallu attendre la demi-heure de jeu pour voir un premier essai, d'un visiteur qui, désespéré a tenté sa chance de 30/35m directement dans les bras de Sutton. Et à une minute du repos, un coup franc repoussé arrivait dans les pieds de Bailey à l'entrée du rectangle qui envoya un beau tir du gauche mais trop croisé. Enfin une occasion digne de ce nom !

En fait, ce fut moche car... les joueurs ont fait de leur mieux. De leur mieux pour éviter les erreurs, surtout en perte de balle. Et, des deux côtés, ils y parvenaient relativement bien. Ce qui fait que souvent, le joueur en possession du ballon se retrouvait sans solution, ou avec un minimum. Et comme la A-League, ce n'est quand même pas le top (et que c'est assez mauvais en terme de créativité), l'équipe qui défendait récupérait le ballon avant de le perdre à son tour de la même manière.

Côté montréalais, on remarquait quelques problèmes de couverture lors de montées ou de contres adverses. C'est en partie dû à Patrick Leduc qui a certainement disputé son plus mauvais match cette saison. Très souvent en retard, il a beaucoup couru en pure perte. Finalement, ça ne prêtera pas à conséquence et on ne lui en tiendra pas rigueur vu la toute belle saison dont il nous gratifie.

En outre, Ze Roberto - un peu - et Grande - surtout - on aussi compensé cette lacune. Mais ça compliquait encore notre tâche au milieu du jeu car Leduc dans un bon jour n'est pas dépourvu de bonnes idées et car Grande ne peut pas tout faire tout seul, même s'il y a souvent été contraint ce mercredi.

D'ailleurs, à la 52e minute, un peu dans la même situation que le gars de Rochester en première mi-temps, il tenta sa chance des 30m. C'était cependant plus fort et le tir fut dévié. Zagar, qui n'était plus sur ses bons appuis, ne put que constater les dégâts et le stade se lever de joie pour ce but aussi beau que chanceux. Mais quand on ne tire pas au but, on n'a aucune chance de marquer et la seule solution jusque-là semblait de tenter le coup à distance. Grande l'a compris et son coup de patte a parlé !

Evidemment, dès ce moment-là, les Rhinos étaient obligés de sortir de leur tanière. Il ne fallut guère attendre pour la première charge : on ne rejouait pas depuis une minute que Sedgewick tenta sa chance des 20m. D'une très belle détente, Sutton alla chercher le cuir aux abords de sa lucarne. Trois minutes plus tard, une remise dans le petit rectangle provoqua la panique générale mais finalement un pied montréalais vint faire le ménage.

A la 57e, on faillit être victime d'une monumentale erreur d'arbitrage. En effet, le juge de ligne avait levé son drapeau et l'arbitre ne le vit pas. Il n'entendit rien non plus, que ce soit du public (évidemment, dans le reste du monde, les supporters locaux auraient gueulé comme des mal appris et le ref se serait quand même demandé ce qui n'allait pas) ou du signal dont je ne sais pas s'il dispose en A-League et qui est censé se manifester lorsque le juge de touche voit un truc irrégulier. Et le linesman a gardé le bras levé tout au long de l'action mais l'homme au centre n'a pas bronché.

Donc, pendant que tout le monde qui regardait la partie attendait un coup de sifflet, un superbe tir fut décoché à l'entrée du rectangle et Sutton dut nous montré tout son talent pour éviter l'égalisation. La balle avait été repoussée dans les pieds d'un adversaire qui fut bousculé à la limite de la surface de réparation. Le coup franc très dangereux ne donna rien mais on a souffert inutilement...

Ces deux beaux arrêts de Sutton montrent que malgré tout, il reste bon. C'est que cette saison, il doit s'ennuyer terriblement tant il n'a rien à faire. C'est très drôle cette constatation d'ailleurs. Car tout le monde sait très bien que De Santis joue bien plus offensivement que Bob Lilley. Et pourtant, sans quelques prouesses de notre gardien, on aurait pas mal de points en moins l'an dernier. Cette saison, alors qu'on laisse davantage d'espaces derrière, il est bien moins sollicité. Un bel argument pour ceux qui prétendent que la meilleure défense, c'est l'attaque...

Et même s'il n'a rien montré cette saison, Sutton n'a pas été oublié par Frank Yallop qui l'a repris dans le groupe des aspirants qui joueront deux matches en début de semaine prochaine à Vancouver. Espérons qu'il joue et soit sollicité pour prouver qu'il a aussi sa place dans l'équipe nationale A, ce que nous crions haut et fort depuis longtemps. Gervais sera aussi de la partie, de même que Pizzolitto et Biello. Les deux derniers manqueront d'ailleurs le match de mercredi contre Syracuse à cause de cela. Ah, ce calendrier...

Biello, restons avec lui tant qu'on y est. Il a montré hier toutes ses limites et on a vu qu'il n'était pas le successeur de Martin Nash. Avec Grande et Ze Roberto qui jouaient pour Leduc, il a eu encore plus de place pour s'exprimer au milieu du terrain où il était pour une fois bien posté. En début de saison, il s'emmêlait les pinceaux entre le milieu et l'attaque. Par la suite, on l'a vu contre des adversaires moins forts dans un système à trois attaquants. Cela a bien fonctionné. Là, on l’a enfin vu en vrai milieu de terrain offensif et il n'a rien apporté.

Evidemment, ça ne fait que deux ans que je le vois et je ne sais pas comment il était avant. Mais il semble être un joueur qui a besoin d'espaces, de longues courses après le ballon ou avec lui. Ca marchait bien avec Lilley puisque tout le monde était derrière et lui pouvait se régaler devant. En revanche, le système de De Santis semble lui convenir beaucoup moins bien, surtout quand il a beaucoup de monde devant lui et est censé apporter l'étincelle. Dur, je n'aime pas dire ça car je trouve ça très cruel envers Biello qui ne démérite pas. Mais sauf miracle, contre les grosses équipes, il n'est pas la solution créatrice qui va nous apporter de l'ingéniosité.

Tant qu'on parle de grosses équipes, allons de l'autre côté du terrain avec les deux avants percutants. Ils ont été totalement invisibles. Il ne fait aucun doute que Gervais et Pizzolitto y sont pour beaucoup. Mais quand on regarde leurs statistiques, on s'aperçoit aussi que 8 de leurs 12 buts ont été marqués contre des adversaires qui ne valent pas tripette, comme Puerto Rico ou Toronto. Ce qui n'en laisse que 4 contre plus forte opposition. Ce n'est finalement plus très impressionnant.

Sur le terrain, Rochester voulait bien mais ne pouvait point se créer de nouvelles occasions jusqu'à la 73e et une succession de têtes dans notre rectangle. On ne sait toujours pas comment le ballon a terminé dans les mains de Sutton ! Ce fut le dernier réel danger pour les visiteurs qui devront revoir leurs plans pour piéger notre arrière-garde.

Montréal était toujours dangereux en contre. Sur l'un d'entre eux, un centre trop long de Sebrango fut récupéré sur la gauche par Ze Roberto. Après s'être rapproché du but, il envoya une passe tendue qu'un pied adverse dévia en corner. Une excellente idée puisque le défenseur a touché le ballon pour le toucher, sans le contrôler et il aurait très bien pu partir en direction du but pour le même prix. C'est bien plus intelligent de faire ça qu'en centre en l'air dans le tas qui n'arrive souvent nulle part...

La dernière occasion fut pour nous. Sebrango, lancé à la limite du hors-jeu (et qui ne s'est pas arrêté comme Biello le fit plus tôt dans le match sur une action similaire alors que l'arbitre n'avait pas sifflé), fut rattrapé par deux défenseurs. Mais il parvint quand même à bien tirer, malheureusement juste un peu trop haut.

Les deux dernières minutes ont été marquées par des histoires ridicules qui font presque rire. La première se déroula hors du terrain à une minute de la fin. Lors d'un des autres concours tordus organisés, on pose une question à un spectateur qui gagne un prix. Evidemment, on dérange le monde en plein match pour ça, et en plus dans les instants les plus stressants ! La question est toujours d'une simplicité enfantine. Donc, on a demandé à l'heureux élu de donner le score et il a répondu “1 pour l'Impact, 0 pour les autres” !!! Les autres ? Quoi ça, les autres ? Même pas fichu de savoir contre qui on joue. Ca aurait été la question, il aurait pas su répondre ! Quelle honte !

L'autre eut lieu à la dernière minute du temps règlementaire, toujours en dehors du terrain mais bel et bien en rapport avec le jeu. Le juge de touche - le même que la fois d'avant - avait encore levé son drapeau de manière bien excitée mais cette fois l'arbitre l'avait vu. Il y avait au même moment un corner pour Rochester et cela donna lieu à une première scène cocasse. Pendant que le directeur de jeu avait le dos tourné, tout le monde se bousculait comme pas possible dans le rectangle. Comme si le ballon allait arriver...

Pendant ce temps, donc, l'homme en noir qui n'était pas en noir discutait avec son assistant et, à l'issue de ce placotage, sortit vivement une carte rouge en direction de... Carrieri, qui avait été remplacé quelques minutes auparavant. Incapable de s'exprimer sur le terrain, il l'a fait sur le banc de manière très répréhensible. Evidemment, Rochester a continué de jouer à 11 mais le fautif sera suspendu lors du prochain match, vendredi contre nous. Une bonne nouvelle à première vue même s'il faut se méfier de Doug Miller que le remplacera vraisemblablement.

1-0, donc, score final d'un match difficile qui a permis de voir de nombreuses lacunes des deux côtés qu'il est impossible d'observer contre des adversaires moins bons. Cela en plus de l'enjeu et il fait peu de doute que les deux entraîneurs ont dû passer une soirée très stressante mais riche en enseignements. On verra ce qu'ils ont appris ce vendredi sur la plage nauséabonde de la cité de Kodak où les deux équipes remettront le couvert, en direct sur Fox Sports World. Ne manquez pas ça !

Le match de ce mercredi, quant à lui, ne restera pas gravé dans l'histoire. Mais compte tenu des circonstances (absences et série de matches sans victoire) ainsi que de l'enjeu et de la rivalité des deux équipes, le résultat était le plus important à nos yeux et il devrait insuffler un nouvel élan et une bonne dose de confiance à notre équipe. Et même s'il y eut peu de spectacle, on a eu de la tension pendant 90 minutes.

Ce n'était pas Calgary, Negenmanneke, Métabetchouan ou Tuktoyaktuk, c'était Rochester. Ce match avait un parfum de finale même si les règlements tarabiscotés de notre compétition font qu'il est totalement impossible que les deux équipes se rencontrent en finale. Alors, on y sera et eux pas. Et si on gagne par le même score et de la même manière, je signe tout de suite !

 
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