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Les buts et le soleil ont eu tort !

Impact Montréal - Vancouver Whitecaps 0-0 – League game (regular season) played on 19/05/2008

 
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MONTRÉAL : Jordan, Braz, Joqueviel, Pesoli, Gatti, Leduc, Biello (54e Matondo), Testo (63e Aguilera), Di Lorenzo, Gbeke (71e Barnett), Gjertsen (81e Ribeiro)

VANCOUVER : Djekanovic, Kambere, Cann, Jarun, Martin, Nash, Kindel, Valente (60e Moose), Arze (87e Salihovic), Donatelli (84e Webb), Sebrango

ARBITRE : M. Gantar

AVERTISSEMENTS : Gatti, Jarun


Lundi 19 mai 2008. Une date qui restera à jamais marquée dans l'histoire du soccer à Montréal. De nombreux artistes et politiciens avaient été invités pour l'inauguration du stade Saputo mais, telle la méchante sorcière dans les contes de fée, il y avait une présence non souhaitée : celle de la pluie. Elle a fait du mal, certes, mais n'a pas réussi à gâcher la fête. On dit que les absents ont toujours tort. Dans ce cas, les buts et le soleil ont raté ce grand jour.

Si trop peu de spectateurs se sont présentés par rapport à ceux qui avaient des billets et auraient rempli le stade, on peut saluer le courage de ceux qui sont restés, alors que la vilaine sorcière jetait ses gouttes froides sur eux et a, à la mi-temps, redoublé la dose, histoire de faire fuir les indécis.

Sur le terrain, le spectacle s'en est ressenti. Certains joueurs (notamment Di Lorenzo, Braz et Gatti de notre côté) semblaient frigorifiés avant le coup d'envoi et le protocole (ainsi que l'arbitre qui a attendu avant de donner le coup d'envoi) ne les a pas aidés. Durant celui-ci, Lino Saputo et son épouse Mirella - accompagnés de leurs 9 petits-enfants - ont reçu une salve d'applaudissements bien méritée pour leur contribution au stade qui porte le nom de la famille.

Sur le terrain, disais-je donc, Nick De Santis (non, il ne jouait pas, mais je suis sûr qu'il aurait aimé) avait aligné la même équipe de départ qu'à Charleston, hormis Jefferson, qui devait céder sa place à Gbeke. Certains joueurs n'avaient pas besoin de la météo pour avoir envie de courir et se réchauffer : la motivation de jouer dans leur nouvelle maison suffisait à les motiver. Les plus remuants étaient Biello et Braz, qui sautaient sur tout ce qui bougeait.

Mais c'est toute l'équipe qui a pris l'initiative dès le coup d'envoi. Vancouver, s'attendant certainement à une telle réception, avait décidé de se replier et de laisser passer la furia. Une furia qui malheureusement peinait à se rapprocher du but de Djekanovic. À l'image des rencontres précédentes, il manquait ce fameux coup de rein, nécessaire pour faire la différence et, à tout le moins, se créer des occasions. Car en dehors d'un centre de Di Lorenzo pour Gbeke, trop court et devancé par Kambere, il n'y eut guère de danger dans les derniers mètres visiteurs.

Jordan dut, lui, attendre le quart d'heure pour voir un semblant de menace dans ses parages. C'est une perte de balle de Joqueviel, suite à un mauvais contrôle, qui permit à Sebrango de tirer. Mais le gardien montréalais n'eut aucun problème à s'emparer du ballon. Braz, qui remuait autant les bras que les jambes, enguirlanda une fois de plus son voisin de défense : les mésententes entre les deux ont été nombreuses, les explications aussi. C'était une des principales animations du début de rencontre, lors des rares incursions visiteuses dans le camp de l'Impact.

À l'approche de la demi-heure, la première occasion réelle de la partie tomba. Un coup franc bien tiré de Gjertsen en direction du petit rectangle fut repris de la tête de Pesoli, qui l'envoya hors-cadre. Cela annonçait un dernier quart d'heure très animé durant lequel Vancouver décida de sortir de sa tanière et menaça Jordan plus souvent qu'à son tour.

Cela commença grâce à un trou sur le flanc gauche où Martin servit Arze, qui eut tout le temps de centrer. Un ballon assez fort, très proche du but, sur lequel Jordan dut faire preuve de beaucoup d'attention. Il le repoussa sur Valente, qui le mit dehors mais l'arbitre siffla un corner. Une erreur parmi tant d'autres.

Deux minutes plus tard, la défense visiteuse commettait une de ses rares erreurs de la mi-temps. Après une tergiversation, Kambere tackla en retrait et Cann, inattentif, laissa passer le ballon. Biello n'en demandait pas tant et, avec toute la vivacité qui l'animait depuis le coup d'envoi, s'en alla sur la droite à la rencontre de Djekanovic. Mais, était-ce un excès d'enthousiasme ?, il poussa son ballon trop loin et le gardien put s'en emparer.

Avec la pluie battante, le ballon était glissant. Et à Vancouver, on comprit soudainement que de puissants tirs de loin, cadrés, évidemment, pouvaient causer toutes les peines du monde au gardien. Nash sonna la charge, envoyant le meilleur boulet, dévié par Donatelli à l'entrée du rectangle. Une trajectoire qui change, un ballon dur à prendre, qui retombe sans trop montrer où et quand il va bondir : la hantise des gardiens. Jordan l'a touché comme il pouvait, le déviant sur son poteau. Contrairement aux équipiers de Nash, Braz avait suivi et écarta le danger.

Toujours un tir de loin, et toujours une déviation des bouts des doigts de Jordan, mais cette fois l'envoi venait de Kambere. Placement et vitesse derrière, technique et présence offensive : l'arrière gauche de Vancouver a étalé toute sa classe durant toute la rencontre, lors de laquelle il a été le meilleur homme sur le terrain.

À la dernière minute, une nouvelle erreur - une mauvaise intervention de la tête - de Joqueviel (qui a eu la dure charge de s'occuper de Sebrango mais a eu quelques étourdissements qui auraient pu coûter cher) envoya le ballon vers Donatelli, légèrement décalé sur la droite. Mais le tir de ce dernier fila au-dessus.

Côté Montréalais, la tactique privilégiée semblait être celle de la longue balle pour un joueur surgissant dans le rectangle. Des longs ballons trop puissants, comme ceux de Leduc pour Gjertsen ou Di Lorenzo pour Gbeke, très profondément, mais aussi pas mal d'autres, comme l'a bien fait remarquer Andrea Di Pietrantonio lors de son analyse d'après-match à Radio-Canada. Notons que le milieu gauche argentin a une fois de plus accompli un travail défensif considérable, y employant beaucoup d’énergie. Dès lors, il ne faut pas s’étonner qu’il était souvent émoussé au moment d’accomplir son travail offensif.

Qui dit grand terrain dit espaces. Cependant, Gbeke, ce n'est pas nécessairement son style de prédilection. En première mi-temps, son duel avec Jarun a plus souvent tourné aux tirages mutuels de maillots qu'au jeu de ballon. Durant les arrêts de jeu, il échappa à son adversaire direct et une petite passe bien placée de Biello l'isola parfaitement. Pas de hors-jeu, dit l'arbitre. Mais le tir du grand Charles fila à côté.

Après la pause, les visiteurs semblaient avoir oublié leur canon au vestiaire. Montréal prit d'emblée le jeu à son compte. Cependant, comme en première mi-temps, les occasions se faisaient rares. Un tir dévié de Gjertsen dans les premiers instants et une volée de Leduc sans danger furent les envois les plus menaçants. Entre temps, Jordan n'avait guère été occupé et sa tâche la plus ardue fut de boxer un centre-tir de Valente.

Et puis, la donne changea. Soudain, les occasions ont imité la flotte et se sont mises à tomber à grosses gouttes du côté de Montréal. Pourquoi ? C'est très simple : l'invisible Testo et Gbeke sont sortis, remplacés par Aguilera et Barnett. La vitesse de l'un et les passes tranchantes de l'autre ont tapé sur le point faible de l'adversaire : le manque de mobilité de son axe central. Jarun et Cann, c'est grand, c'est solide, mais c'est lourd. Et le duo ne savait pas répondre à la vivacité de ses nouveaux adversaires.

Dès sa première touche de balle, Aguilera lança Gjertsen en profondeur, et Djekanovic dut sortir jusqu'au milieu de son camp pour dégager. Trois minutes plus tard, Vancouver se créa sa dernière occasion du temps réglementaire : un centre de la gauche au deuxième poteau fut remis de la tête par Donatelli vers Sebrango, en plein cœur du petit rectangle. Jordan lui plongea dans les pieds et sauva, une fois de plus, les meubles pour ses couleurs.

Il restait moins de 20 minutes à jouer. Les 20 minutes les plus animées de la rencontre. Elles commencèrent par un service de Di Lorenzo dans l'axe à Aguilera qui envoya une passe précise à Gjertsen, lequel avait échappé à la défense et au piège du hors-jeu. Seul face au gardien, il envoya un tir tendu mais pas très puissant en direction de la lucarne gauche. Djekanovic, bien placé, dévia le ballon en corner. C'est facile à dire après coup, mais l'attaquant aurait pu prendre une meilleure décision d'endroit où placer le ballon. C'est peut-être parce que j'ai trouvé qu'il avait pris de nombreuses mauvaises décisions tout au long de la rencontre et perdait par là-même tous les bénéfices de sa mobilité.

À peine 60 secondes passèrent et un long ballon de la défense arriva à Barnett, qui sema les deux tortues adverses. Légèrement décalé sur la gauche, il fila droit comme un coureur de 100 mètres. Il ne quitta pas son couloir mais le hic, c'est que c'est là aussi qu'il envoya le ballon ! C'est bien de savoir courir vite, mais il faut aussi savoir tirer...

Cela dit, l'équipe doit s'habituer aux nouvelles réalités de son terrain. Très grand, il offre beaucoup d'espaces. Il va permettre aux arrières latéraux de monter, aux ailiers d’avoir plus de latitude, aux médians de s'infiltrer et aux attaquants de filer seul au but. L'expérience doit encore venir. Mais un avant qui court vite et sait marquer (du genre Radzinski) va rapidement devenir une vedette s'il a derrière lui des gens qui savent le servir. C'était le premier match... mais croyez-moi, si on construit l'équipe comme le terrain, on pourrait avoir bien du plaisir ! Bien plus que face à l'étroitesse de Robillard, qui privilégiait les embouteillages derrière, les longs ballons dans le tas et les dribbleurs d’espaces restreints que nous n'avons de toute façon pas.

Comme son adversaire en première période, l'Impact tenta aussi sa chance de loin, mais avec moins de précision. Tout d'abord par Leduc, des 20m, un envoi sur lequel Djekanovic se coucha. Ensuite par Ribeiro, des 30m, mais bien trop haut. Cependant, la montée du numéro 23 perturba encore un peu plus la défense adverse, déjà désorientée par Barnett et Aguilera, sans oublier Matondo qui avait bien relayé Biello sur la droite.

Une nouvelle illustration ? À peine 120 secondes plus tard, un autre long ballon vers Barnett obligeait Djekanovic à sortir pour dégager en catastrophe (heureusement que le gardien a des talents de libéro, ils lui ont été bien utiles ce lundi). Le ballon, contré par un de ses équipiers, a été renvoyé par la tête de Jarun vers Aguilera. Après que Kindel ait raté son tackle, l'arrière central palestinien a sorti la grande faucheuse pour descendre l'ancien joueur de Virginia Beach. Déjà averti, il aurait pu recevoir un deuxième bristol jaune, synonyme d'exclusion. Mais l'arbitre avait décidé d'être très avare en cartons... peut-être étaient-ils chiffonnés dans sa poche par la pluie.

Aguilera s'apprêtait à se faire justice lui-même : il a envoyé un coup franc très travaillé en direction de la lucarne gauche du but, mais Djekanovic a sorti un tout grand arrêt, empêchant l'ouverture du score.

Le corner, à peine dégagé, revenait à Pesoli monté en ligne et qui n’avait pas encore eu le temps de revenir. D'une passe digne d'un numéro 10, il isola Ribeiro seul face au gardien visiteur. Le médian montréalais poussa son ballon un peu trop loin mais il n'eut pas le temps d'essayer de le récupérer que Jarun le sécha par derrière : penalty !

Quoi ? Non ? Pas de penalty ? C'est à n'y rien comprendre ! Après des protestations véhémentes des joueurs de Vancouver, qui indiquaient l'écran géant sur lequel on passait le ralenti (svp, virez-nous ça, le match se passe sur le terrain, pas sur l'écran), le directeur de jeu rendit le ballon aux visiteurs, pour un coup franc. Que s'est-il passé ? Pour un observateur extérieur, il est totalement impossible de le savoir.

D'abord, parce que le coup franc a été joué à un endroit aléatoire du rectangle. La situation du ballon, qui devait nous indiquer l'endroit de la faute, n'aidait en aucun cas. Ribeiro aurait-il simulé ? La vitesse à laquelle il s'est relevé, après que l'arbitre ait corrigé sa décision, peut porter au doute. La faute de Jarun était pourtant claire, il en a peut-être rajouté. Mais dans un tel cas, le referee doit donner une carte jaune au tricheur. Ce n'est donc pas ça.

Option suivante : le hors-jeu. Ribeiro ne l'était pas. À sa gauche, Barnett était dans une position plus litigieuse mais n'influençait aucunement la phase de jeu. Soit, admettons, puisque c'est la théorie qu'on entend le plus souvent. Oui... mais non ! Qui dit hors-jeu, dit coup franc indirect. Qui dit coup franc indirect, dit arbitre qui lève le bras. Et quand le baisse-t-il ? Quand un autre joueur a touché le ballon. Direction les images de Radio-Canada : on voit l'arbitre furtivement au moment du coup franc, pas assez clairement pour voir s'il garde son bras en l'air. Par contre, il est donné loin devant, dans les parages de l'arbitre et au moment où le ballon retombe, il n'a clairement pas le bras levé. Donc, ce n'était pas un coup franc indirect, et donc pas un hors-jeu ! Ou alors, il a commis une erreur de préminime, comme un gardien qui donnerait un coup de pied de but à la main, inacceptable à ce niveau.

Si aucune équipe ne méritait de repartir les mains vides, Montréal avait, sur le fil, été l'équipe la plus dangereuse. Il sèmera encore le trouble dans les arrêts de jeu quand, suite à un cafouillage, Matondo y alla d'un bel effort technique sur le flanc droit. Mais finalement, un défenseur revint et put passer le ballon en retrait à son gardien.

Dans les ultimes secondes, tous ceux qui ont vu les derniers matches de l'Impact ont eu des frayeurs : la malédiction du but encaissé en fin de match allait-elle se poursuivre ? Un corner pour Vancouver était malencontreusement repoussé, avec une certaine force, par Pesoli en direction de son propre but. Heureusement, Jordan était bien placé. L'arbitre pouvait siffler la fin du match, sur un 0-0 assez riche, qui a surtout valu pour ses fins de mi-temps.

C’était l’heure de quitter le stade, mais avec la hâte d’y revenir. Car on s’y sent bien. Et le prochain rendez-vous vaudra tout autant le déplacement, puisque le Toronto FC sera le visiteur du soir, pour le premier match du nouveau championnat du Canada. Allez, on compte déjà les nuits de sommeil avant d’y retourner !

 
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