MONTRÉAL : Jordan, Braz (78e Matondo), Joqueviel, Pesoli (90e Pizzolitto), Gatti (73e Surprenant), Leduc, Gjertsen (73e Jefferson), Testo (65e Biello), Aguilera, Placentino, Gbeke
PORTLAND : Burse, Knowles, J. Thompson, S. Thompson, Griffin, Poltl, Higgins, Gregor, Guante (76e N. Dombrowski), C. Brown (90e Karalexis), Bagley (71e Totori, 90e Little)
ARBITRE : M. Scali
AVERTISSEMENTS : Gbeke, Gregor, J. Thompson
LE BUT : 45e C. Brown (0-1)
En se rendant au stade, tout le monde avait le sourire et le pressentiment que cette fois, les buts et la victoire seraient au rendez-vous. L'excellente prestation contre Toronto incitait à l'optimisme et on se disait, logiquement, que l'équipe allait poursuivre sur la même voie, continuer à taper sur le clou - en plus, contre un adversaire dans le doute - et finir par l'enfoncer.
Mais on se rendit rapidement compte que le clou avait changé de place et qu'il faudrait recommencer le processus depuis le début. La tactique appliquée contre les Torontois était aux oubliettes. Placentino, qui avait fait très mal devant, se retrouvait sur la gauche. Gjertsen, qui avait bien relayé Di Lorenzo (toujours blessé) à cet endroit, retrouvait le flanc droit. Testo et Aguilera, au milieu, recevaient le support de Leduc. Derrière, Joqueviel effectuait son retour.
Si vous suivez bien, vous vous rendez-compte que ça fait un homme en plus. Il devait donc y en avoir un de moins quelque part et c'est l'attaque qui a écopé, Charles Gbeke jouant, pour son retour en tant que titulaire, seul devant. Les profanes diront qu'avec un seul attaquant, c'est plus difficile de marquer. Rappelons quand même que ce n'est pas la disposition sur le terrain qui compte, mais bien l'animation de l'équipe. C'est bien là que ça a foiré.
De toute façon, ce choix était un cadeau empoisonné pour le coach (mais cette fois, il se l'est fait tout seul). Soit ça ne marchait pas, et il se retrouvait avec de nouveaux points d'interrogation dans la tête. Soit ça fonctionnait, on était heureux, la vie est belle et puis... Di Lorenzo revient. On en fait quoi de Di Lorenzo ? On le laisse sur le banc ? Certainement pas ! On le remet sur la gauche... et là, que faire de Placentino ? Le mettre à la place de Gbeke, alors que les deux n'ont pas le même style ? Maux de tête garantis, autres chamboulements dans l'équipe... aïe aïe aïe...
Quoi qu'il en soit, la tactique de l'Impact en première mi-temps peut recevoir le sobriquet du demi-bagel. Le trou du bagel, ceux qui ont vu le match l'auront deviné, représentant le rectangle adverse. Cet endroit magique, d'où il est souvent plus facile de marquer des buts, étant la plupart du temps déserté par nos joueurs qui ne savaient vraiment, mais alors vraiment pas comment se positionner.
Beaucoup pointent Charles Gbeke du doigt. Oui, mais ça ne doit pas être un doigt accusateur. Gbeke, dans ce match, c'était un peu comme mettre The Edge (le guitariste de U2) dans un orchestre classique. Le grand Charles s'est pourtant démené. A joué son rôle du mieux qu'il pouvait. Il était dans son registre, et dès qu'un de ses équipiers s'en approchait, il le servait bien, mais lui, seul devant, était très mal servi. Il travaillait aussi beaucoup pour aller chercher des ballons au milieu. Mais comme il était seul en pointe, forcément, il n'y avait alors plus personne devant et il ne pouvait se faire de passe à lui-même... Il paraissait mal et ses quelques simulations et gestes de mauvaise humeur n’ont pas plaidé sa cause.
Durant les 45 premières minutes, il y a eu pas mal de situations bizarres. Avec Gbeke à l'entrée du rectangle (mais pas dedans, faut pas rentrer dans le trou du Bagel), Gjertsen excentré sur la droite, Placentino sur la gauche et les milieux se demandant quoi faire. Le plus perdu dans tout ça était le pauvre Aguilera, rampe de lancement d'une fusée qu'il n'avait pas devant lui. Chaque fois qu'il voyait Gbeke demander le ballon, il donnait l'impression d'avoir peur de ne pas savoir comment le lui donner. Et pourtant, on ne peut faire de reproches à aucun des deux joueurs. Il y a eu aussi pas mal de moments où il n'y avait personne, ou presque, devant le porteur du ballon en phase offensive. En gros, il n'y avait pas de solution. Quand par dépit, certains envoyaient le ballon dans le rectangle, ils ne trouvaient personne pour le reprendre.
Sur le côté, Placentino semble aimer beaucoup développer une action où il sert le joueur sur l'autre flanc qui, lui, remet vers l'avant où quelqu'un devrait surgir de derrière la défense pour prolonger le ballon dans le but. Avec Gjertsen, ils ont tenté plusieurs fois de développer ce mouvement. Sauf que Gbeke n'était pas complice. Une fois, il a même été au ballon, se retrouvant à contresens, une autre il s'est demandé ce que les deux autres lui voulaient. C'est parce qu'il ne joue pas comme ça. C'est pas lui qui va surgir des 20m, prendre la défense de vitesse et envoyer un boulet de canon dans le but.
Il a donc reçu très peu d'occasions de s'exprimer. Sur les corners, il ne les a pas saisies. Et sur une phase de jeu, la seule de la mi-temps a été à la 18e quand Gjertsen lui envoya un centre au petit rectangle. Knowles fut le premier sur le ballon, qui monta haut dans les airs. Le gardien Burse s'en empara facilement, d'autant plus qu'hormis Gbeke, aucun Montréalais n'était dans le trou du bagel.
Mis à part ça, il fallait des tirs de loin, parfois dans des positions inusitées, pour menacer Burse, qui n'avait pourtant pas l'air très sûr de lui. Placentino, par exemple, envoya ce qui ressemblait à un centre avant de tourner et de prendre la direction de la lucarne du gardien, qui dévia en corner dans la panique. Le même Placentino tira une autre fois, dans des circonstances similaires mais avec plus de force : le ballon fila au-dessus. Aguilera tenta aussi sa chance de loin, dans les mains du gardien. Pas les façons les plus faciles de marquer mais vu l'animation du jeu, s'ils n'avaient pas essayé, personne n'aurait pu tirer au but ou presque...
Homme encore une fois le plus dangereux, Placentino a eu une occasion construite à la 36e suite à un coup franc vite joué de Leduc pour Testo. Ce dernier, toujours dans ces bonnes dispositions du match contre Toronto, envoya une balle en cloche en direction de l'attaquant - positionné sur la gauche du rectangle un peu devant le point de penalty - dont la puissante demi-volée du gauche fut repoussée par Burse. Les phases arrêtées, même s'il y en eut beaucoup, n'ont rien donné ou presque, à part ça et une reprise de la tête de Leduc trop croisée sur un corner à deux minutes du repos.
De l'autre côté, Portland savourait le demi-bagel et sa défense, solide, ne cédait pas. Offensivement, c'était la prudence absolue. Il faut dire que Leduc, en sorte de libéro devant la défense, transformait tout ballon imprécis des verts en ballon récupéré par les blancs. Les deux défenseurs centraux, notamment Pesoli, étaient solides également. Ils ont bien contrecarré quelques tentatives, comme celles de Guante, doué techniquement mais qui tentait toujours le geste de trop et butait sur un de nos arrières.
Du coup, Jordan passait un début de soirée tranquille. Le premier tir qu'il vit arriva après plus d'un quart d'heure des pieds de Guante et passa tellement loin du but qu'on le mentionne uniquement car il est le premier semblant de tentative des visiteurs. Il y eut aussi un centre de la gauche vicieux de Knowles, qui voulait peut-être imiter Placentino, mais Jordan le regarda calmement passer à côté de son but. Il dut réellement intervenir juste après la demi-heure, en sortant à la limite de son rectangle pour repousser de la main un long ballon envoyé en direction de Brown.
Puis vint la fameuse 45e minute. Portland venait de bénéficier d'une touche sur la droite, une longue remise en jeu en direction de Justin Thompson au cœur du rectangle, qui prolongea le ballon dans la zone dangereuse. Pesoli dégagea le ballon précipitamment en cloche. Jordan, qui avait amorcé une sortie, décida de revenir sur ses pas. Braz regarda le ballon monter... et oublia de se soucier de Brown. Pourtant quasiment collé à lui, il ne le gêna même pas, ne put faire de mouvement pour toucher le cuir alors que Brown tendit simplement la jambe pour le pousser au fond des filets (0-1).
Frustrant ! Mais bon, n'ayons pas peur de le dire, l'Impact venait de perdre 45 minutes. Oui, certes, il avait eu le ballon presque tout le temps. Mais son inefficacité offensive (et je n'entends pas par-là “ses attaquants incapables de marquer” mais bien un dispositif qui met ceux-ci dans des positions difficiles et les font se démener pour rien la plupart du temps) était un obstacle quasi-insurmontable que l'équipe s'était mis elle-même dans les pattes. Quant au but, il donnait au score une allure illogique... On parle souvent de la chance des champions, mais l'Impact cette année connaît surtout le phénomène inverse. La malchance des malchampions ?
Le ton a changé au retour des vestiaires. Le trou du bagel ne ressemblait plus à la zone interdite de La Planète des singes et soudainement, les occasions se sont mises à pleuvoir en trombe.
D'abord un ballon dans le rectangle pour Gbeke, qui a contourné Knowles mais tiré sur Burse. Ensuite un centre de Gjertsen au deuxième poteau : Burse se lança dans le vide, attrapant peut-être une mouche au passage, et le ballon arriva à Placentino dont la reprise croisée passa juste à côté. Enfin un centre venu de la gauche des pieds d'Aguilera pour Gjertsen au deuxième poteau : d'une demi-volée aussi pure que puissante, il heurta le poteau. La malchance des malchampions...
Chose importante à noter : non seulement les joueurs qui se créaient ces occasions étaient-ils dans le rectangle, mais en outre, ils n'y étaient pas seuls. Offrant plus de solutions au porteur du ballon et plus de problèmes à la défense adverse. C'était tout simple, mais pourquoi ne l'avaient-ils pas fait plus tôt ?
Autre illustration un peu plus tard quand Gbeke dévia subtilement un ballon qui lui était adressé pour surprendre tous les défenseurs et servir Placentino qui avait surgi à sa gauche. Mais l'envoi du numéro 9 était une nouvelle fois trop croisé.
Ces beaux enchaînements n'empêchaient pas d'aussi tenter sa chance de plus loin. Au contraire, cela variait les occasions, brouillant la défense visiteuse. Il y eut un tir, trop croisé, de Placentino, et un autre, puissant mais peu à côté, d'Aguilera, bien servi par Gbeke qui lui avait remis en retrait une passe de Gjertsen.
Avec des ailiers qui évoluaient plus haut et rentraient dans le jeu, non seulement y avait-il plus de monde en zone de conclusion, ce qui occasionnait davantage de danger, mais Gbeke pouvait aussi jouer à merveille son rôle de pivot et remettre les ballons à ses équipiers, plus près de lui. Mais pourquoi avaient-ils attendu 45 minutes avant de jouer comme ça ?
Petit problème derrière Gbeke quand même : les montées des milieux étaient inexistantes. D'où, probablement, la bonne idée de Nick De Santis de sortir Testo, qui commençait à faiblir (il a disputé une bonne première mi-temps mais il a souvent tendance à suivre un rythme decrescendo) par Biello, dont on connaît les capacités à marquer des buts, en milieu offensif. Cela n'a cependant pas porté fruit. Le seul milieu axial à avoir tenté sa chance fut Leduc, de loin, suite à un ballon mal dégagé. Mais son tir était... trop croisé.
Le manque de confiance dans cette équipe fait que les joueurs - sauf Placentino, qui n'est heureusement pas en osmose - accomplissent bien leurs tâches mais n'osent pas prendre de risques. Pas de montée profonde d'élément défensif balle au pied pour apporter le surnombre, par exemple. Cela retirait un autre atout de prendre à défaut la défense de Portland.
L'exception eut lieu à un peu plus de 20 minutes de la fin quand un exploit technique de Braz lui permit d'aller profondément sur son flanc et d'envoyer un centre très dangereux planant devant la ligne. Malheureusement, personne ne toucha au ballon.
Et Portland dans tout ça ? Il eut juste un contre, parti du flanc droit et qui s'est terminé par un centre pour Higgins mais que Braz a bien bloqué. Il faut cependant donner de très bons points aux défenseurs adverses qui, durant ces 28 minutes de tempête, ont toujours gardé leur calme. Quant à l'Impact, maladresse et malchance allaient de pair, un peu trop à droite, un peu trop à gauche... ça ne voulait pas rentrer. La malchance des malchampions ?
Mais ce sont les seules 28 minutes lors desquelles l'équipe a réellement pu être dangereuse. Inutile de revenir sur les 45 premières. Quant aux 17 suivantes, elles se sont jouées sans Gjertsen, élément important de l'orchestre, remplacé par Jefferson qui, depuis son match à Miami, fait un Testo de lui en ne montrant pas pourquoi il a séduit tant de monde en Europe.
C'en était fini. On revint aux tentatives désespérées. En fait, il n’y en eut qu’une seule, de Placentino, que Burse relâcha mais récupéra rapidement devant Gbeke à l'affût. Sinon, les occasions sont venues des pieds du jeune Alex Surprenant, auteur de deux coups francs très travaillés mais passant chaque fois à côté.
L'arbitre sifflait la fin, un mélange de frustration et de désespoir a gagné l'équipe. Rien que pour ses 28 bonnes minutes, oui, elle méritait un meilleur sort. Mais l'impression qui a prévalu pendant tout ce match est qu'il y a un superbe potentiel qui ne parvient pas à s'exprimer. Problème sportif, psychologique, autre ? Résultat : un beau gâchis et l'adversaire qui en profite. On dirait que c'est une tendance lourde dans le sport : quand il y a à la fois du talent et du gaspillage, c'est plus souvent le dernier qui est puni que le premier récompensé. Au fait, qui a mangé l'autre moitié du bagel ?
Calendrier
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Dimanche 22 mars, 13h00
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| 9. Seattle | 4 | 9 |
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| 13. Toronto | 5 | 7 |
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| 17. Houston | 4 | 6 |
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| 22. Minnesota | 4 | 4 |
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| 23. Saint-Louis | 5 | 4 |
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| 24. New England | 4 | 3 |
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| 25. Portland | 4 | 3 |
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| 26. Orlando | 5 | 3 |
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| 27. MONTRÉAL | 4 | 3 |
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