Perte de repères

Impact Montréal - Miami FC 0-0 – Match de championnat (phase classique) joué le 04/06/2008

 
  • Whatsapp
  • Print
  • Email
MONTRÉAL : Jordan, Braz, Pizzolitto, Pesoli, Gatti, Biello (66e Matondo), Leduc, Aguilera, Placentino (88e Surprenant), Gjertsen, Gbeke (71e Lesage)

MIAMI : Saunders, Williams, Dias, John, Ramirez, Pulido, Gutierrez (46e Cavalcante), Cameron (82e Galavis), Da Mata, Afonso, Fraser (71e Sims)

ARBITRE : M. Gamble

AVERTISSEMENTS : Afonso, Lesage

EXCLUSION : 78e Pesoli (2j.)


Quatre matches au stade Saputo, quatre matches sans but de l’Impact. Si on ne va pas parler de malédiction et rentrer dans les superstitions sans fondement sportif, peut-on dire que le nouveau stade a une part de responsabilités dans les problèmes actuels de l’équipe ?

Je vais sûrement en surprendre beaucoup en répondant par l’affirmative. Sauf que je n’ai aucun doute sur le fait que ce qui pose problème ici et maintenant sera la source de tellement de bonheurs par la suite qu’il ne faut évidemment rien remettre en question ni regretter. Et puis, ce n’est qu’une petite part.

Inutile de revenir sur tous les bienfaits du stade Saputo. Considérons seulement un seul aspect : la taille du terrain. Beaucoup (près de 25%) plus grand que celui de Claude Robillard. Et on ne joue pas sur un grand terrain comme sur un petit. Le football qui s’y développe, et surtout qui y est efficace, est différent. De même que les joueurs qui s’y distinguent.

En travaillant beaucoup la circulation de balle durant la préparation, Nick De Santis a justement insisté sur un des aspects essentiels à la réussite sur une telle surface. C’est un bagage inestimable qui, si l’équipe se met à tourner, sera profitable cette saison. Ce n’est pas un hasard si les statistiques de possession de balle sont sans aucun doute (bien que personne ne les calcule) à l’avantage des Montréalais.

Sauf que voilà : avoir le ballon est une chose, le mettre dans le but en est une autre. Et là, un gros problème se pose. Qui est en outre contagieux puisque, après avoir causé, si je puis m’exprimer ainsi, l’absence de buts, il est en train de rentrer dans les esprits. Et de faire mal, très mal.

En dehors des deux renforts venus d’Italie, tous les autres joueurs qui ont commencé le match ont de nouveaux repères à prendre. Aguilera tout simplement parce qu’il n’a pas joué depuis un an, les autres car ils ont, et c’est logique, leurs habitudes de Robillard. Et ça prend un certain temps, c’est normal. Sans oublier qu’au Québec, l’hiver, on s’entraîne à l’intérieur sur des surfaces limitées. Heureusement qu’il y a eu des stages au soleil pour commencer à changer les habitudes.

Une équipe pour jouer sur un tel terrain, ça se construit sur le long terme. Avec les joueurs adéquats. L’avoir fait pour maintenant, ça aurait été avoir 4 coups d’avance sur l’échiquier du football. Avec, en outre, les ambitions qui étaient celles de l’Impact la saison dernière, je ne pense pas que qui que ce soit, dans tout le pays, l’aurait fait, voire y aurait pensé. Une affirmation loin de dénigrer les gens d’ici mais qui insiste bien sur le fait qu’il fallait une pointure du football pour le réaliser.

Revenons-en à nous moutons. Et aux changements que ça implique pour les joueurs. Prenons Mauro Biello, vaillant du haut de ses 36 ans. L’Impact a réalisé des tests physiques en Floride et je serais surpris que, malgré son âge, il ait était le dernier de l’équipe. Mais il doit forcément courir davantage et recourir à une plus importante débauche d’efforts que quand on jouait dans le mouchoir de Robillard. Un exemple parmi d’autres. Un deuxième ? Une bonne circulation du ballon, forçant l’adversaire à courir derrière, va épuiser les joueurs de l’autre équipe plus rapidement.

Après, il y a l’aspect collectif. C’est bien là que ça coince. Les pièces du puzzle sont toutes les parties d’un beau dessin. Sauf qu’on dirait qu’on a mélangé les boîtes. Le pauvre Gbeke qui se démène en pointe et est trop rarement soutenu (Biello l’avait d’ailleurs bien compris, lui qui a accompli des efforts supplémentaires pour tenter de l’aider, en vain malheureusement). Et impossible de profiter de l’attention qu’il suscite. Comme à la demi-heure sur un bon ballon de Braz qui l’a servi au cœur du petit rectangle. Mais, dos au but et entouré comme un espion américain par le KGB, il n’a pu ni se retourner ni céder le ballon.

Sur la droite, donc, Biello a essayé de l’aider, a tenté d’être présent mais a manqué d’efficacité. Pas d’attention. Comme en témoigne l’occasion qu’il a eue à la demi-heure, partie d’une relance très rapide de Jordan pour Aguilera qui a superbement lancé Placentino sur la gauche. Mais un retour encore plus beau (de Gutierrez ?) l’a empêché de tirer. Le ballon était libre et Biello, auteur d’un beau sprint de 70m, l’a repris puissamment vers le but : Saunders, qui paraissait battu, a dévié en corner.

Derrière lui, Braz est heureusement monté assez souvent pour soutenir l’offensive. Tiens, du jeu concerté. On en a vu trop rarement. Il y a surtout eu des efforts individuels. Mais contrairement à d’autres situations de crise sportive, ce n’était pas par égoïsme, par souci de se montrer, mais souvent par manque de solution. Parfois, il y en avait. Comme quand en fin de match, Gbeke accomplit un bel effort sur la droite avant de servir Placentino sur la gauche du rectangle. Mais sa reprise était trop enlevée.

À gauche, l’attaquant venu de Gubbio rentrait dans le jeu de temps à autre, mais devait aussi s’occuper de son flanc. Et comme il est pour le moment le tireur le plus dangereux de l’équipe, on l’a encore vu tenter sa chance dans des positions invraisemblables. Cela a d’ailleurs commencé à la première minute, presque collé à la ligne de touche. Cela donnait le ton au match et on sentait déjà qu’offensivement, ce serait aussi difficile que contre Portland.

Aguilera, au milieu, tentait d’orchestrer tout ça. Après un début de championnat difficile, il semble avoir trouvé la forme. Il ne lui manque plus que des coéquipiers qui jouent en harmonie avec lui (ceux de sa boîte de puzzle). Placentino en fait partie. Lancé par son compère en début de match, il a même fait trembler le filet. Eh oui, le filet et non les filets… car il s’agissait du filet derrière le but !

En face, la défense n’était pas des plus sûres, même si elle restait sur une série de deux rencontres sans encaisser. Elle a commis quelques erreurs. Comme quand Saunders a hésité sur un ballon en cloche (tiens, ça me rappelle quelque chose mais c’était plus loin du but). Gbeke, seul montréalais à portée du ballon et pas dans la position la plus évidente, a quand même réussi à y toucher de son mieux, mais n’a pu l’envoyer en direction du cadre.

En revanche, sur les coups de pieds arrêtés offensifs, il n’y avait rien à faire ou presque. Le grand Charles et les autres étaient toujours ou presque dominés (il s’est quand même créé une occasion de la tête en deuxième mi-temps, de même que Pesoli). D’ailleurs, dans l’ensemble du compartiment aérien, l’équipe faisait peine à voir. À l’exception de Patrick Leduc, dominant dans les airs, mais que les visiteurs ont rapidement surveillé de près sur les balles hautes.

Cela n’a pas empêché le vaillant numéro 15 de disputer une excellente partie, de récupérer beaucoup de ballons au milieu et d’être une des raisons principales de la maîtrise du jeu des montréalais pendant le plus clair de la rencontre. Reprendre le ballon, ça va. Le garder, aussi. C’est après que…

Leduc est un de ceux qui a le plus essayé. Il s’est d’ailleurs octroyé la plus belle occasion de la rencontre, juste avant la pause. Pizzolitto, monté au milieu (oui, les défenseurs qui vont se promener plus haut, c’est très dangereux sur un grand terrain) a servi Placentino sur la gauche dont la remise a été reprise d’une superbe demi-volée acrobatique par Leduc, obligeant Saunders à se détendre.

Pour en revenir à nos repères, on sait que cette année, la défense, déjà remaniée sur ses flancs par rapport à 2007, n’est pas épargnée. Cela n’aide pas. On aurait encore pu se prendre un but malchanceux ou stupide, ça dépend comment on veut l’appeler. Comme quand Pizzolitto a été contré par Afonso seul face à Jordan qui l’a, de justesse, battu au sprint (mais que ce fut laborieux).

Ça a même failli être l’horrible but de dernière minute, qui aurait alors hanté les esprits déjà peuplés de fantômes. Avec beaucoup de monde dans le rectangle de Jordan, Afonso, sur la droite du petit rectangle, a tenté une balle piquée, trop haute. Une occasion de gâchée.

En première mi-temps, Miami a surtout été dangereux par Fraser (Afonso pensait trop à faire des coups aussi mauvais que ceux qu’il semblait recevoir en douce et qu’il tentait de faire passer pour des agressions violentes). Un centre de Fraser a d’ailleurs causé du trouble dans le rectangle montréalais avant de lui revenir, sur la gauche. Cette fois, son centre-tir est passé peu à côté.

Miami s’est déniaisé en deuxième mi-temps. Notamment sous l’impulsion de Cavalcante, rentré au retour de la pause. Il a obligé Jordan à un beau plongeon sur un tir brossé du gauche cinq minutes après sa montée au jeu. Miami n’a guère été plus menaçant pour le portier montréalais, qui a quand même eu quelques frayeurs quand Fraser et Cameron manquèrent d’un cheveu un centre de Da Mata.

Heureusement pour l’Impact, les joueurs venus de Floride ont levé le pied une fois en supériorité numérique. Car Pesoli s’est encore une fois fait exclure. Sur une situation similaire à celle de Toronto : il s’est retrouvé en couverture sur le flanc gauche, où il n’est visiblement pas du tout à l’aise. Son adversaire direct allait le dépasser et cette fois, il a mis son corps pour l’empêcher de passer. Pas une faute méchante, non, mais il ne jouait pas le ballon. Deuxième carton jaune compréhensible même si, contrairement à la fois précédente, certains arbitres n’auraient cette fois pas mis la main à la poche sachant que le joueur avait déjà été averti. Toutefois, l’Impact devait encore terminer à 10. Seulement pour 12 minutes. Là encore, contre un adversaire plus faible, la différence aurait dû être faite auparavant. Pesoli a fauté, oui, mais il aurait aussi fallu s’arranger pour éviter qu’il se retrouve là. Et il a quand même été solide pendant une heure et quart. À nouveau, le défenseur fait une seule bêtise, mais grosse, et c’est vers lui que trop de doigts pointent. Trop facile.

Comme d’habitude, serais-je tenté de dire, on n’a rien vu de la part de l’Impact dans les 20 dernières minutes (donc aussi avant que Pesoli soit exclu). Il y avait beaucoup de gestes de désespoir sur ce terrain. L’énergie du désespoir peut, parfois, faire des miracles. Cela aurait pu arriver sur des tirs de loin de Leduc, qui a osé. Mais quand il y en a trop, ça ne fait qu’enrayer une mécanique déjà confuse.

On peut, malheureusement, clairement parler de crise sportive. Une équipe avec de tels moyens qui se retrouve en fond de classement et ne marque pas. Ça engendre des situations plutôt insolites. Comme le rappel de Lesage, même pas convoqué pour un essai durant la période de préparation et monté au jeu en fin de match. Ou, plus incongru encore, le rappel de Di Ioia, jugé insuffisant durant l’hiver et qui n’a pas cassé la baraque avec Trois-Rivières entre temps.

Les choix, notamment tactiques, de Nick De Santis sont contestés. Difficile de reconnaître le coach qui a mené l’équipe au titre en 2004 et à une grande saison en 2005. Qui, dès qu’il identifiait un problème, en faisait le point fort de l’équipe au match suivant. Serait-il, lui aussi, en train de perdre des repères (mais là, ce n’est pas dû à la taille du terrain) ? Ce qui veut dire aussi qu’après une période de flou, il va en prendre d’autres. Qui, espérons-le, n’auront pas le temps de s’ancrer. Car ce qu’il a montré au début de son mandat a prouvé, sans l’ombre d’un doute, ses qualités. Malheureusement la situation actuelle ne lui permet plus (depuis combien de temps ?) de les étaler.

C’est dur de voir un grand monsieur du soccer à Montréal prostré sur les marches menant au banc tel un penseur de Rodin désabusé et désemparé. C’est dur d’entendre inlassablement le même discours après chaque match, rappelant plusieurs fins de règne, notamment celle de Bob Lilley ici. Cela le serait encore plus que la crise se prolonge et marque les mémoires. Que ceux qui l’ont trop courte aient cette image d’un homme qui, comme joueur, entraîneur mais aussi personnalité, a tant apporté au soccer à Montréal, et à l’Impact.

Je ne suis pas ici depuis assez longtemps pour le savoir de moi-même, mais tous ceux à qui j’ai posé la question me l’ont confirmé : en dehors de la maudite année 2001 (épisode Ionian à oublier), c’est la première fois de son histoire que l’Impact est très loin des espérances. Et donc, la première fois qu’il faut appliquer de la gestion de crise sportive. Une tâche qui n’est pas du ressort des gens qui s’occupent du terrain et qui demande de l’expérience et une connaissance du domaine très particulier des sports collectifs de haut niveau, et plus spécifiquement du soccer.

 
  • Whatsapp
  • Print
  • Email

Calendrier

Prochain match

Cincinnati - Montréal
Dimanche 22 mars, 13h00

Dernier match

Orlando - Montréal2-1
Samedi 14 mars, 19h30

► Calendrier complet

Classement MLS

JPts
  1. Nashville513
  2. Los Angeles FC513
  3. Vancouver512
  4. San José512
  5. San Diego410
  6. New York City410
  7. Colorado59
  8. Salt Lake49
  9. Seattle49
10. Charlotte58
11. Dallas58
12. Chicago57
13. Toronto57
14. Miami47
15. New York57
16. DC United57
17. Houston46
18. Austin55
19. LA Galaxy44
20. Atlanta54
21. Kansas City54
22. Minnesota44
23. Saint-Louis54
24. New England43
25. Portland43
26. Orlando53
27. MONTRÉAL43
28. Cincinnati43
29. Columbus52
30. Philadelphie50
► Classements complets

En direct du forum

23/5 - DC United - Montréal : l'homme de la saison par Kleinjj

16/5 - Montréal - Chicago : l'homme de la saison par Kleinjj

13/5 - Montréal - Portland : l'Homme de la saison par Kleinjj

► Aller sur le forum

Sur Twitter

Recherche

Écoutez Coup Franc

Buteurs

► Toutes les stats

Transferts

ARRIVÉES

Keita (Jeunes), Thorhallsson (Orlando), Vera (Salt Lake), Aviles (Miami), Nteziryayo (Jeunes), Losenko (Shakhtar Donetsk), Marshall-Rutty (Charlotte), Carmona (New York), Streit (Bâle), Rios (Vancouver)

DÉPARTS

Sirois (Dallas), Alvarez (Deportivo Cali), Duke (Fin de contrat), Pearce (Rupture de contrat), Sealy (Colorado), Vrioni (Fin de contrat), Marshall-Rutty (New York)

► Détails

Quiz

Combien de joueurs ont marqué un but pour Montréal tant en 2017 qu'en 2018 ?

  • 3
  • 5
  • 7
► Testez vos connaissances

Jouez avec nous

► Rejoignez la ligue ImpactSoccer.com