Laquelle des deux était l'équipe de MLS ?

Impact Montréal - Toronto FC 0-1 – Match de championnat du Canada joué le 27/05/2008

 
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MONTRÉAL : Jordan, Braz, Leduc, Pesoli, Gatti, Gjertsen, Testo, Aguilera, Di Lorenzo (23e Ribeiro), Placentino (58e Surprenant), Barnett (79e Jefferson)

TORONTO : Sutton, Wynne, Tebily, Velez, Brennan, Robinson, Harmse, Ricketts, Cunningham, Robert, Dichio (41e Smith)

ARBITRE : M. Ward

AVERTISSEMENTS : Aguilera, Brennan, Harmse

EXCLUSION : 53e Pesoli (2j.)

LE BUT : 72e Velez (0-1)


Sur le papier, la rencontre était disproportionnée. Certes, Toronto était privé de deux de ses plus beaux fleurons, Edu et Guevara. Il a aussi perdu Dichio en cours de rencontre. Mais à Montréal, Gervais et Pizzolitto étaient sur le carreau derrière, tout comme un de leurs remplaçants dans l'axe, Joqueviel. Biello n'était pas en mesure de tenir sa place, Brown non plus. Ribeiro, incertain, avait quand même pris place sur le banc.

Sur le terrain, la rencontre a été équilibrée. À tout le moins, beaucoup plus qu'on ne le pensait. Montréal a bien joué mais a perdu. Comment ça et pourquoi ?

En montant sur le terrain, les Torontois ne semblaient pas concentrés sur leur sujet dans les premières minutes. Plutôt que d'attendre et de regarder leur adversaire, comme ils le font trop souvent en USL, les Montréalais l'ont poussé à terre sans jamais lui donner l'occasion de se relever. Le milieu de terrain a été particulièrement performant.

Testo. Ah, Testo... Lui, quand il veut jouer, il joue ! Sur le terrain, on avait le type brillant qui, selon l'entraîneur, avait reçu des compliments d'entraîneurs européens plutôt que le touriste totalement éteint depuis son retour de ce côté de l'océan. Aux aguets sur tous les ballons, il était particulièrement efficace quand, après un duel entre deux autres joueurs, le ballon leur filait entre les pattes. Et qui surgissait pour le récupérer ? Notre blondinet. Ce n'est pas un hasard s'il s'est créé la première occasion, sur un ballon mal repoussé au milieu du rectangle. Mais son tir était trop croisé.

À sa gauche, Di Lorenzo causait toutes les peines du monde aux défenseurs Torontois. Le mal nommé Wynne était souvent mis dans le vent par l'Argentin. Il faut dire qu'il recevait souvent le soutien de la grande attraction de la rencontre : Rocco Placentino. Attraction parce que de retour à Montréal, mais surtout pour sa prestation trois étoiles et bien plus d'occasions.

On jouait depuis moins de 10 minutes quand, alors que Brennan traînait, il partit seul dans le rectangle. Revenu en toute hâte, Velez alla au duel avec beaucoup de malice. Avait-il, subtilement, mis Placentino à terre ? C'est ce que l'on peut penser après avoir revu les images. Sur le moment, c'était très discret et très efficace... tellement que l'arbitre, comme bien du monde, n'y vit que du feu.

Une minute plus tard, il fallait encore retenir son souffle quand un centre de la droite de Gjertsen au deuxième poteau fut repris d'une belle volée croisée du gauche de l'ancien sociétaire de Gubbio. Là encore, bien du monde s'est fait avoir car à certains endroits du stade, un effet d'optique qui avait autant de malice que Velez fit croire au but quelque bref instant.

Le milieu, donc, disais-je (c'est quand même sympa de pas avoir le temps de parler et de se faire interrompre par nos joueurs qui se créent des occasions), ne laissait pas un poil de souffle à l'entrejeu torontois. Toute imprécision se payait au prix fort : un passe un peu trop courte ou longue, un contrôle raté, et hop, le ballon était dans les rangs montréalais. Récupération, le maître mot de ce début de match.

L'équipe osait, l'équipe en voulait, l'équipe ne laissait pas le ballon à l'adversaire. Très judicieux dans les circonstances de la rencontre puisque la portion de terrain la plus disproportionnée était celle dans les parages de Jordan. Ricketts, Robert, Cunningham et Dichio avaient tout pour faire mal à Braz, Pesoli, Leduc et Gatti, la défense re-remaniée de l'Impact. Alors, autant éviter de laisser le ballon traîner par-là et leur donner le moins de travail possible.

La première alerte arriva peu après le quart d'heure quand Cunningham passa Gatti et fila seul vers Jordan mais croisa trop son tir.

Arriva ensuite le premier des deux gros tournants du match : sentant une douleur à l'arrière de la cuisse, Di Lorenzo demanda à se faire soigner et, immédiatement après, à sortir du terrain. Il sera absent deux semaines. Ribeiro l'a remplacé mais, surtout, l'entraîneur a dû revoir l'organisation de son milieu de terrain. Il y eut pas mal de tâtonnements, jusqu'à ce que, finalement, Gjertsen passe sur la gauche et Ribeiro le supplée sur la droite.

L'Américain a eu un peu de mal à s'y faire au début (et semblait avoir ses moments de distraction habituels) mais dès qu'il eut trouvé ses marques, alors là, ce fut surprenant ! Il a causé beaucoup de problème et le pauvre Wynne, qui pensait être tranquille depuis que le 18 avait quitté le terrain, se retrouvait avec un autre enquiquineur dans les pattes. Malgré tout, il y eut une grosse différence entre les deux montréalais : l'efficacité. Mais en cas d'absence de Di Lorenzo, Gjertsen a prouvé qu'il était un suppléant de premier choix à cette place.

Montréal poursuivait sur son élan. À 20 minutes du repos, Placentino tentait sa chance de loin, peu à côté. Puis Aguilera lançait Barnett qui échappa à son défenseur, prit le ballon (il faut le souligner car ce fut rare en son chef, j'y reviendrai) et le plaça dans le petit trou. Mais Sutton veillait et mit sa main au bon endroit. Aguilera avait été honnête mais discret jusque-là. Contrairement à ses équipiers, il a disputé un match au rythme d'un diesel, commençant doucement mais sans cesser d'accélérer par la suite. Dans les circonstances de cette rencontre, ce fut souvent très utile.

Privée d'un élément clef, avec un milieu qui ne s'était pas encore réorganisé et après de gros efforts consentis pendant plus de 25 minutes, l'Impact allait quelque peu lever le pied. Toronto a alors pu amorcer sa relève. Et profiter des faiblesses des défenseurs pour se montrer dangereux. Robert, qui ne semblait pas avoir très envie de faire face à un Braz surmotivé, avait switché avec Ricketts, sur ordre de l'entraîneur John Carver.

Et très rapidement, le danger arriva dans les parages de Jordan. Ricketts, complètement seul sur la gauche, eut tout le temps de centrer au deuxième poteau où Robert remis dans l'axe en direction de Dichio. Mais le gardien montréalais lui bondit dans les pieds, s'emparant du ballon. On sentait déjà un vent de panique dans la défense, et on était heureux qu'elle n'eût pas été réellement sollicitée jusque-là. Elle allait vivre d'autres moments difficiles dans le dernier quart d'heure de la première mi-temps.

D'abord quand Robinson déborda sur la droite avant de centrer pour Ricketts, tout seul. Mais Ribeiro, qui avait bien senti le coup, était revenu à toute vitesse pour contrer le Torontois. Le ballon aboutit alors à Cunningham, qui remit à Harmse à l'entrée du rectangle. Nouveau tir des visiteurs, et c'était cette fois Braz qui le repoussait.

Une minute plus tard, dans l'indifférence générale, allait se produire une action très lourde de conséquence pour la suite des évènements. Un duel solide (en fait plusieurs en un temps rapproché) entre Pesoli et un homme en rouge. Rien de répréhensible, pensait-on, l'arbitre ne disait rien, et le jeu continua, sans s'arrêter pendant presque 120 secondes (eh oui, ça jouait !) Quand le ballon sortit en touche, l'arbitre, qui avait vu une faute répréhensible de l'Italien, alla le trouver, bristol jaune à la main. Après la rencontre, Pesoli lui-même déclarait ne pas avoir compris ce qui était arrivé...

Tiens, tant qu'on est dans les défenses, allons du côté de Toronto, où la menace s'est certes faite plus rare à cet instant de la partie. Oui mais... les rangs étaient beaucoup plus serrés aussi. Le début de match des Montréalais avait impressionné l'entraîneur adverse qui avait ordonné à ses ouailles de revenir défendre en nombre en perte de balle. Une marque de respect de Carver envers l'équipe locale qui ne paraissait pas à première vue mais en disait long !

Bon, retournons aux occasions torontoises, avec cette fois un mouvement rapide de passes courtes en un temps Ricketts-Robert-Dichio permettant à ce dernier d'aller au but mais Jordan s'interposa de la main. C'était la dernière menace du grand au crâne rasé, qui subit le même sort que Di Lorenzo.

Les 15-20 dernières minutes de la mi-temps avaient été torontoises, il faut le reconnaître. Mais la domination était tout sauf outrancière. Et les visiteurs étaient bien contenus par une équipe montréalaise qui était loin de se regrouper devant son but.

La défense avait cependant été plus sollicitée. Que dire des défenseurs ? Ils ont souffert et été souvent débordés. Mais, car il y a un mais et il est très gros : si les défenseurs ont individuellement connu quelques couacs, la défense, elle, a collectivement été solide. Ça veut dire quoi, ça ? Ça veut dire qu'à plusieurs reprises, un arrière de l'Impact se faisait berner un adversaire mais que derrière, il avait toujours un équipier pour rattraper le coup. Une très belle solidarité, solidifiée par de nombreux gestes d'encouragements mutuels, qui faisait plaisir à voir.

Petite parenthèse sur la défense et sur Leduc, dont la prestation a été appréciée par pas mal de monde. Ses qualités y sont pour quelque chose, mais ses dépannages à ce poste l'an dernier y sont pour beaucoup. C'est ce genre de situation que j'évoquais lors des derniers matches en disant que je prenais volontiers certains points perdus si l'expérience pouvait servir à des moments importants. Par exemple, des rencontres comme celle-ci...

La question du début de deuxième mi-temps était simple : Montréal tiendra-t-il le rythme ? Et quelle parade Toronto trouvera-t-il (quand une équipe est plus forte sur le papier, elle a généralement des atouts supplémentaires) pour prendre la rencontre en mains ? Aucune de ses questions n'a réellement de réponse. Car le second tournant du match a tout changé.

Tebily lança Cunningham sur la gauche. Posté sur le côté (pourquoi était-ce lui qui se trouvait là ?) dans une position qui ne lui convient pas, Pesoli fut pris de vitesse par son adversaire. Il l'agrippa, puis le relâcha. Mais son geste avait suffi à déstabiliser et ralentir son adversaire. La faute était évidente, l'anti-jeu méritait le carton jaune... le deuxième de la soirée pour l'Italien qui regagna les vestiaires prématurément.

Avec une défense déjà rabibochée, De Santis devait une nouvelle fois (la deuxième dans ce match) réorganiser son échiquier. Non sans mal. Surprenant monta au jeu, pour occuper son poste d'arrière gauche. Dans un premier temps, Gatti fut envoyé dans l'axe, mais bien vite, il fut posté à droite et Braz repris une place au centre, où on l'a connu il y a plusieurs années. Toujours aussi motivé, il a montré plusieurs fois à ses adversaires qui était le boss... et pourquoi ils ont eu tort de le laisser partir.

Entre temps, il y eut une autre de ces phases anodines mais qu'il faut apprécier à leur juste valeur. Pour son premier ballon, Surprenant, petit bonhomme fraîchement sorti du CNHP, se retrouvait face à Laurent Robert, ex-PSG, Newcastle, Benifca, 9 sélections en équipe de France. Non seulement Surprenant gagne-t-il le duel, mais en plus, il met le Français par terre ! Bravo !

Nick De Santis avait choisi de sacrifier Placentino - qui, venu d'Italie, a applaudi le public à sa sortie, ce qui lui a valu d'être applaudi à son tour, très méritoirement - pour recomposer sa défense. Barnett se retrouvait seul devant, avec le rôle ingrat de courir et courir encore. Et ça, courir, il sait faire. Ses qualités physiques sont d'ailleurs beaucoup plus proches de celles d'un Michael Johnson que de celles d'un Thierry Henry.

Il a beaucoup été critiqué. Avec raison, car il a souvent mal joué, étant incapable de s'occuper correctement du ballon une fois lancé à toute vitesse. Cependant, il a été très utile. Sa vitesse a fait souffrir les défenseurs torontois, déjà réputés pour leur lenteur. Barnett était premier sur tout ce qu'on lui envoyait. Après... il ne créait rien. Mais gênait souvent ses adversaires, ralentissant d'autant la relance torontoise. Cela a fait gagner un temps précieux. Pas tant par les secondes qui s'égrénaient que par celles que ses équipiers, derrière, avaient pour récupérer et se replacer. Dans un contexte où on joue à 10 contre 11, ça fait du bien. Par contre, on pouvait oublier le but sur un action de jeu... mais Barnett a quand même su provoquer l'un ou l'autre corner et là, qui sait... (Mais, euh, c'est vrai, il est pas bon avec un ballon, ce qui est pour le moins problématique dans le sport qui nous occupe.)

Réduits à dix, les Montréalais ont offert une bonne réplique. Ils parvenaient même à créer du danger devant Sutton. Pas de vrai tir, non, mais des situations intéressantes dans le rectangle. Aguilera était au sommet de sa forme. Gjertsen était menaçant sur la gauche. Surtout balle au pied. Il faut dire que c'est une des grosses faiblesses de l'arrière-garde torontoise. Pas forcément ce côté-là, mais les adversaires y rentrent plus facilement balle au pied que par des passes de 15-20m sur laquelle Velez et ses équipiers sont souvent bien placés.

Ça devenait quand même de plus en plus difficile. Toronto, en supériorité numérique, avait pris le contrôle des évènements mais sans réellement mettre Jordan à rude épreuve. Toutefois, la défense faisait face à de plus en plus de coups de boutoir. Plusieurs retours salvateurs d'Aguilera vinrent la soulager. À l'image de Bolivien, Ricketts, de l'autre côté, montait en régime avec le temps. Sa technique faisait de plus en plus mal.

Une faute sur lui provoqua un coup franc sur la droite. Robert, dont les coups de pieds arrêtés étaient, eux aussi, de plus en plus menaçants, trouva la tête de Velez. Il avait pris le dessus sur Leduc et sa reprise ne laissa aucune chance à Jordan (0-1). Le plus dur était fait pour les visiteurs.

C'en était trop. Des absents, Di Lorenzo qui sort en plein match, la carte rouge, devoir réorganiser son équipe deux fois : on a beau dire que la différence est mince entre la MLS et la D1 des USL, mais avec tous ces contretemps, l'écart était devenu trop important.

Montréal a payé son inexpérience au prix fort (malgré les plus qu'ont apportés ses joueurs expérimentés). L'inexpérience de sa défense, pas habituée à jouer dans cette configuration, même si souvent compensée par la solidarité. L'inexpérience de certains joueurs, qui avaient beaucoup de cœur, à l'image de Surprenant, mais ont encore beaucoup à apprendre pour des matches de ce niveau (mais c'est en en jouant qu'ils apprendront le plus, et cette soirée a certainement été riche en enseignements pour eux). La jeunesse et la fougue de Pesoli, qui a coûté cher. L'inexpérience de Barnett et de Jefferson, qui n'ont pas su se créer d'occasions. Oui, c'en était trop : dans des circonstances aussi défavorables, la victoire relevait de l'exploit.

Seul Gatti, plus offensif en fin de match, qui combina sur la droite avec Leduc puis Ribeiro, fut capable d'amener le danger dans les parages de Sutton. Mais il buta sur Tebily à l'entrée du rectangle.

Un une-deux Cunningham - Robinson suivi d'un tir sur Jordan, un envoi de Brennan peu à côté et une mésentente entre Surprenant et son gardien qui faillit profiter à Ricketts auraient pu alourdir la marque. C'eût été injuste, voire volé.

Toronto a gagné, oui. Mais Toronto a souffert. On ne refait pas l'histoire, on peut refaire le match derrière un verre ou sur le forum, même si le résultat restera en l'état. Mais on retient surtout la bonne tenue de l'équipe montréalaise qui a fait bien mieux que surprendre agréablement. Des prestations comme ça, on en redemande. L'adversaire ne sera pas toujours le Toronto FC, et le sort ne sera pas toujours défavorable. Alors, une défaite, certes, mais l'équipe qui sort grandie n'est pas celle qui a empoché les trois points !

 
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