Un dernier quart d'heure complètement fou

Impact Montréal - Seattle Sounders 3-1 – Match de championnat (phase finale) joué le 28/09/2008

 
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MONTRÉAL : Jordan, Braz, Pizzolitto, Joqueviel (72e Gatti), Di Lorenzo, Grande, Donatelli (51e Brown), Testo (68e Placentino), Brillant (63e Biello), Gjertsen, Byers (88e Ribeiro)

SEATTLE : Eylander, Jackson, Scott, Graham (90e Schmid), West, Gardner (61e Merl), Treschuk (90e Kante), Alcaraz-Cuellar, O'Brien (46e Niassy), Le Toux, Levesque

ARBITRE : M. Navarro

AVERTISSEMENTS : Di Lorenzo, Testo, Alcaraz-Cuellar

EXCLUSIONS : 74e Levesque, 77e Braz (2j.), 90e Jackson

LES BUTS : 56e Testo (1-0), 59e Levesque (1-1), 75e Placentino (2-1), 90e Ribeiro (3-1)


Si le match aller de vendredi a été pour le moins chahuté, le retour lui a tenu la dragée haute à ce niveau. Mais a surtout valu pour le suspense qui a régné dans le dernier quart d'heure, rempli de retournements de situation. Une nouvelle fois, les décisions arbitrales n'y sont pas étrangères. Mais l'essentiel au bout du compte est que Montréal a gagné 3-1 et se retrouve en demi-finale !

Quel drôle de rencontre ! Et pourtant, c'était parti de bien triste manière. À l'issue de la première mi-temps, on se demandait bien s'il y avait un enjeu ou si les deux équipes avaient fait le pari d'endormir tout le monde (même si la sono assourdissante les en aurait empêché). Seul moment d'émotion : une action de Gjertsen suivie d'un centre qu'un défenseur, mis sous pression par Byers, poussa juste à côté.

Il y avait aussi Di Lorenzo en forme olympique. Malheureusement, pas celle qu'on lui connaît et qui lui permettait de disputer un troisième match en 5 jours entrecoupés de nombreuses heures d'avion. Non, il y a eu quelques plongeons de haut vol, peut-être pour épater Alexandre Despatie dans la tribune. Et, alors qu'il avait déjà une carte jaune, un coup de pied digne du taekwondo, qui passa bien près d'envoyer son crampon dans l'œil de Levesque. L'Argentin aussi s'écroula après le choc, mais à force de crier au loup, difficile de savoir si, objectivement, il avait été touché... Dommage car cela donne une réputation peu flatteuse à ce joueur pourtant très élégant.

Voilà donc résumées 45 minutes presque aussi ennuyeuses qu'une semaine plus tôt contre Porto Rico. On peut aussi dire que le terrain est en bien meilleur état qu'au début du mois et que les trous sont pour la plupart de profondeur et de diamètre limités. Peut-être pas dans le coin où jouait Donatelli mais comme il ne s'est rien passé par là-bas, c'était le seul endroit où il n'y avait aucun trou. C'est dire...

Un autre fait de jeu qui aurait pu peser sur la suite de la rencontre est la blessure d'O'Brien. À la pause, il demanda à son entraîneur de le laisser au vestiaire et c'est Niassy qui le remplaça. S'il n'est pas aussi doué que son frère et presque homonyme qui a épaté la galerie au Mondial -20 ans l'an dernier, il ne donne pas sa place pour déstabiliser une défense. Sans parler de sa pointe de vitesse qui fut la cause, sur le flanc droit, de la première action dangereuse : un sprint suivi d'un centre de Le Toux qui se jeta sur le ballon sans pouvoir redresser suffisamment sa course.

Et Montréal là-dedans ? À vrai dire, tout le monde se posait probablement la même question. Seattle avait bétonné ses flancs, il était donc impossible de passer par les côtés. Byers était tellement entouré seul devant qu'il ne pouvait rien faire. Alors ? Pour résoudre le premier problème, il fallait tenter de passer par l'axe. Quant au second, l'Antiguais devait reculer un peu pour aider ses partenaires (mais alors, il n'y aurait plus eu personne devant). Démonstration quand face au but, Testo et Byers y allèrent d'un une-deux suivi d'un puissant tir de l'ancien Vancouvérois dans le plafond du but d'Eylander. Inattendue, mais ô combien libératrice ouverture du score (1-0) !

Malheureusement, la joie fut de courte durée. Trois minutes plus tard, Le Toux, lancé à la limite du hors-jeu, servait ce diable de Niassy sur la droite. La défense était aux abonnés absents et Levesque, bien oublié, se jeta au petit rectangle pour reprendre victorieusement le centre du Gambien. 1-1, déjà, tout était à refaire...

Et ça semblait vraiment mal embarqué car dans le quart d'heure suivant il n'y eut rien à se mettre sous la dent, mis à part une frappe de Placentino suite à un bel effort personnel, certes, mais d'un endroit où le tir était tout bonnement impossible (il a d'ailleurs fini hors-cadre) alors qu'une passe en retrait ou un centre au sol auraient pu faire beaucoup de dégâts.

C'est alors que le tant attendu arbitre, M. Navarro, entra en scène. Depuis le début du match, il sifflait la moindre petite faute mais tardait à aller à la poche, au cas où ça dégénère. Mais comme ça ne semblait pas tourner au vinaigre, il s'arrangea pour bousculer les évènements (il doit être payé à la carte, et vu qu'il avait été peu généreux jusque-là, il devait craindre d'avoir peu de soupe, de pain et de fromage sur la table le soir même). À un quart d'heure du terme, donc, Levesque y alla d'un tackle dangereux sur Braz et, ni une ni deux, sans la moindre hésitation, c'est un bristol rouge qui sortit de la poche de M. l'arbitre.

Avec en plus un coup franc bien placé pour Montréal. Enfin, non, excentré, à 25-30m du but, idéal pour un centre dans le paquet. C'est d'ailleurs ce qui fit le botteur, Grande. Le paquet, lui, ne put rien faire du ballon et finalement, Biello, pas vraiment en mesure de menacer le gardien, le glissa en retrait à Placentino qui regardait tout ça avec attention. Se disant qu'il n'avait rien à perdre puisque de toute façon, il fallait oser pour marquer, il tenta sa chance et, après avoir heurté le piquet, le ballon rentra dans le but ! 2-1, l'air de rien, les deux équipes étaient à égalité parfaite.

Mais trois minutes plus tard... Eh oui, rebelote, tous les espoirs s'envolent. Tout commence par un coup franc bien placé (vraiment, lui) pris par Alcaraz-Cuellar et repoussé par Jordan alors qu'il se dirigeait dans sa lucarne. Le ballon avait peut-être même déjà commencé à franchir la ligne (mais il n'était pas rentré hein). Le Toux, à l'affut, se jeta sur le ballon mais avant qu'il n'eut pu ne serait-ce qu'espérer le toucher, c'est Braz qui le jeta à terre : penalty et deuxième carton jaune de l'après-midi pour le bouillant arrière droit.

O'Brien sorti, c'est Alcaraz-Cuellar qui s'avance pour le tirer. Calmement, il prend Jordan à contre-pied. 2-2, merde, c'est foutu pense-t-on... Mais l'arbitre avait plus d'un tour dans son chapeau. Il repointe le point de penalty : non, non, il faut recommencer, fait-il comprendre au tireur. Ses équipiers seraient rentrés dans le rectangle bien avant le moment de la frappe. Erreur grossière de la part du directeur de jeu (quand c'est contre nous on le dit, mais là aussi, il faut être correct) car au moment du tir, si des joueurs avaient bel et bien envahi la surface de réparation, ils étaient tout de blanc vêtus... Rien à dire, l'esprit sportif nous oblige à reconnaître qu'à ce moment, ça aurait dû être 2-2.

Soit. Mais nous sommes quand même plusieurs milliers à avoir repris espoir quand Alcaraz-Cuellar, à qui Brown a glissé quelques mots, s'avance toujours aussi calme, presque nonchalant. Il envoie un tir plein d'effet, sans beaucoup de force, qui vole telles les feuilles mortes qui joncheront le sol dans les prochains jours. Et il s'écrase sur le poteau ! C'est l'automne pour Seattle, mais le printemps pour Montréal ! L'espoir renaît...

Mais il faut quand même toujours marquer pour éviter les prolongations. C'est valable pour les deux équipes et Montréal, qui a jeté toutes ses forces à l'attaque, est à la merci de Seattle, qui ne compte pas se recroqueviller. Mais les visiteurs sont fatigués. Levesque, qui ne pouvait pas manquer l'égalisation, a beaucoup défendu et n'a pas apporté grand-chose offensivement. Alcaraz-Cuellar et ses partenaires ont du mal à se remettre du penalty et de l'énergie dépensée deux jours plus tôt. Car à peu d'exceptions près, les 11 joueurs qui ont fini le match à Montréal sont ceux qui ont commencé celui de vendredi. En face, l'effectif a bien tourné et la qualité s'en est peu ressentie.

Seuls le talentueux Le Toux et le virevoltant Niassy en avaient encore dans les jambes. Avaient quoi ? Un but pardi ! Mais il fallait encore le marquer. Une combinaison entre les deux faillit permettre à l'Africain de se retrouver en position idéale, mais un superbe retour de Gatti sauvait la mise et continuait le bal des remplaçants au rôle prépondérant.

On se dirigeait donc tout droit vers les prolongations, 30 minutes de rabe dont pas mal de joueurs montréalais se seraient certainement passé... Avec un tel calendrier, on ne va pas encore leur en rajouter ! Bon, allez, faut essayer une dernière fois, mais un bon coup. Et boum, Gjertsen envoie un tir d'une puissance qui n'a d'égale que la lourdeur du calendrier de son équipe. Et en plus, il se dirige vers la lucarne ! Non, c'est l'angle du but. Mais Eylander est battu et le ballon est repoussé par son dos dans la bonne direction... Que va-t-il se... ? Pas le temps d'y pense, Ribeiro a surgi, tel Zorro, et fait trembler les filets ! Vite, un regard vers le juge de ligne, il se précipite vers le centre du terrain, c'est bon, le but est accordé !!! 3-1 !!! Le stade explose !!!

Il reste quelques minutes d'arrêts de jeu. Seattle met tout à l'attaque. Mais rien n'y fera. Au contraire, tout ce qu'ils obtiendront est un autre carton rouge : après que Biello ait lancé Brown au milieu du terrain seul vers le but, Jackson l'accrocha. Pas d'hésitation à avoir, cette fois il avait mérité son salaire... euh, de pouvoir expulser un homme de plus. O'Brien, sur le banc, écopa de la rouge lui aussi. C'était la confusion totale dans les rangs de Seattle. Dans ceux de Montréal, on attendait, avec l'adrénaline à fond, les trois coups de sifflet libérateurs. Qui se firent finalement entendre au grand soulagement de tous.

Le parcours du combattant va donc continuer et, pour ne pas faciliter les choses, ce sera de nouveau le voyage le plus difficile en demi-finale : Vancouver. Après celui qui nous a éliminés en 2005, on tombe cette fois sur le bourreau de 2006. Il y aura, encore, de la revanche dans l'air !

 
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