Changement ou continuité ?

Impact Montréal - Puerto Rico Islanders 0-0 – Match de championnat (phase classique) joué le 29/06/2011

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MONTRÉAL : Bush, Billy, Camara, Lowery, Gatti, Testo, Kreamalmeyer (74e Ribeiro), Di Lorenzo (78e Sebrango), Le Gall, Diouf, Gerba (82e Ilcu)

PUERTO RICO : Burse, Martinez, Cunningham, Emory, Jones, Telesford (76e Ly Rojas), Pitchkolan, Delgado (90e Villaroel), Addlery, Fana (83e Bouraee), Foley

ARBITRE : M. Tasev

AVERTISSEMENTS : Telesford, Camara, Testo


Comme lors de son second mandat d’entraîneur, Nick De Santis disputait son maiden match sur le banc face à Puerto Rico. En 2004, c’était là-bas, contre une nouvelle équipe, faiblarde. Cette fois, les insulaires sont établis et ont quelques participations en Ligue des champions dans les bagages. Fait cocasse, les trois autres entraîneurs depuis 2002 (Bob Lilley, John Limniatis et Marc Dos Santos) ont tous commencé contre Charleston.

Il n’y a pas eu de révolution de palais dans la composition de l’équipe, mais quelques changements marquants. Le plus évident était le retour de Gerba, remis de sa blessure. Le plus notable était l’éviction d’Idriss Ech Chergui du groupe des 18 alors qu’il semblait en train de gagner sa place dans le onze de base sous Dos Santos. Le plus tactique était le positionnement de Le Gall, très haut juste derrière les attaquants (Diouf et Gerba en l’occurrence), ce qui reléguait Ribeiro sur le banc mais laissait aussi davantage d’espaces autour de Testo. Le capitaine a paru beaucoup plus à l’aise même si l’exécution fut loin d’être brillante. Autre fait notable : Tsiskaridze, arrivé pour prendre la place d’arrière gauche, se morfondait sur le banc pendant que le polyvalent Gatti occupait sa place sur le terrain.

En défense centrale, ce fut la continuité puisque les deux postes étaient occupés par les deux médians Camara et Lowery, comme lors de la dernière partie du règne de Dos Santos. Aaboubou, lui, était réserviste. Di Lorenzo (ça va de soi) occupait son poste de milieu gauche alors que Kreamalmeyer était confirmé à droite. Devant, Diouf se retrouvait à côté de Gerba mais, Ech Chergui écarté, tant Agourram que Mayard blessés et Sebrango pas encore en forme de match, il n’y avait guère d’autre solution. Il faudra attendre quelques semaines pour voir les plans du nouvel entraîneur au sujet de l’avant sénégalais amené par son prédécesseur.

La première mi-temps a été assez particulière : très pauvre en occasions, elle était pourtant agréable à regarder, avec deux équipes maintenant un bon rythme. Cela ressemblait à un affrontement entre deux formations de même niveau (ne reflétant donc pas le classement) avec l’équipe à domicile prenant les choses en mains comme elle se doit de le faire sur son terrain. Il faut aussi souligner que les visiteurs défendaient très bien. Si les possibilités de but se faisaient rares, les joueurs des deux camps, et notamment Anthony Le Gall, assuraient le spectacle avec de jolis gestes techniques.

Alors que Bush a passé 45 premières minutes peinardes, son vis-à-vis a eu (plus ou moins) chaud à trois reprises. D’abord quand un tir de loin de Diouf lui a abouti droit dans les mains. Ensuite, quand il a dû sortir un superbe réflexe sur une reprise du dos du crâne de Lowery suite à un corner. Enfin lors d’un coup franc de Billy vers le point de penalty où Camara a vu sa reprise contrée avant que la défense de Puerto Rico ne dégage en catastrophe.

Au retour de la pause, Montréal a obtenu la première occasion mais Gerba, pourtant placé en position très dangereuse, a complètement raté son contrôle sur le centre de Kreamalmeyer. Le quatrième quart d’heure fut de loin le plus pénible de l’Impact, puisqu’on y joua presque dans un seul camp (à la 50e minute, un photographe s’était placé à un endroit où il me masquait la vue entre le point de corner et le but de Burse et j’ai dû voir son ombre une fois avant l’heure de jeu, moment où il a quitté sa position).

Les visiteurs en ont profité pour se créer trois occasions en très peu de temps. La première suite à un beau une-deux sur la droite entre Pitchkolan et Fana, le premier nommé envoyant finalement un tir écrasé dans les mains de Bush. La suivante à peine 60 secondes plus tard quand Fana, lancé dans l’espace, prit la défense de vitesse et évita le piège du hors-jeu mais Bush était bien sorti pour contrer son tir. La dernière après une tentative à distance de Foley, qui échoua hors-cadre.

Puerto Rico étalait une de ses grandes forces : le danger potentiel que peut amener chacun de ses attaquants, et surtout le fait d’en aligner trois de bon niveau faisant que si un ne répond pas à l’attente, les autres restent menaçants. Ainsi, lors du récent déplacement de l’Impact là-bas, Addlery en avait fait voir de toutes les couleurs à la défense. Cette fois, il a été quasiment invisible mais c’est Fana qui a causé quelques maux de tête. Foley, très en verve lors du premier match, a été plus discret.

Après ce passage à vide, Montréal a repris le dessus et a eu deux occasions franches en l’espace de quelques instants. Un centre de Billy a d’abord été raté par tout le monde avant que, de l’autre côté, Di Lorenzo ne tente sa chance d’un angle fermé. Le tir, dangereux, a été dévié en corner sur lequel Camara a sauté trois mètres au-dessus de tout le monde et a repris le ballon d’une tête un fifrelin trop croisée.

Auteur de quelques montées, Camara a été un des meilleurs joueurs sur le terrain. Si son élégance et son aisance technique ont été remarquées de tous ou presque, il faut aussi souligner le brio avec lequel il a tendu le piège, dangereux, du hors-jeu. Le Gall a aussi disputé un tout bon match, même s’il fut plus discret en seconde période, notamment après son replacement à droite suite à l’entrée de Ribeiro. Ce dernier avait remplacé Kreamalmeyer, très discret mais, comme Gerba (plutôt éteint), il revient de blessure et ceci explique peut-être cela.

La volonté de gagner était perceptible dans le chef de De Santis, et ses changements sont venus l’illustrer puisqu’ils étaient tournés vers l’offensive. Le pressing a aussi augmenté par la suite mais, malheureusement, ça n’a pas permis de créer la moindre occasion. C’est au contraire Puerto Rico qui a été menaçant, sur un contre lors duquel Foley a effectué un effort de 60 mètres avant de tirer d’un angle fermé sur Bush, bien placé.

Sebrango, monté à un petit quart d’heure du terme, a failli devenir le héros de la soirée quand, sur un contre dans les arrêts de jeu, il est parti seul avant de se faire rattraper par Cunningham et de voler à terre. Dans sa chute, il a quand même réussi à tirer, mais Burse s’empara facilement du ballon. En se relevant, l’attaquant réclama un penalty en écartant les bras, alors que tout le banc le faisait de manière plus démonstratrice en sautant comme des puces. Puis libéré par l’arbitre qui avait sifflé la fin de la rencontre, De Santis nous montra qu’il avait encore une belle pointe de vitesse en lui fonçant dessus pour lui signifier son désaccord.

L’adrénaline était encore présente au point de presse où, bien que mécontent de la décision de fin de match, il est apparu souriant et fier de ses hommes. Il a fait comprendre que si le résultat était important, les progrès l’étaient davantage et voyait en ce match un bon point de départ. Parlant de la montée au jeu d’Ilcu, il a aussi promis que les jeunes recevraient désormais davantage leur chance.

Il y a bien entendu diverses façons de regarder cette rencontre, et donc d’y réagir. Le spectateur neutre (rare dans nos contrées…) aura apprécié un match qui, bien que vierge de but, a été agréable à regarder. Si on le considère comme un match ordinaire de l’Impact (en regard de son potentiel), ce fut pas mal, sans plus. Si on se dit qu’on repart à zéro, en effaçant le début de saison mais en tenant compte du fait que l’équipe est malade, on peut être satisfait en se concentrant sur les choses positives observées. Ceux qui, à l’opposé, voient la saison dans la globalité, se montrent mécontents de ce cinquième duel de suite sans victoire et commencent à être impatients après 325 minutes de suite sans but. Mais bon, comme je l’ai dit avant, le résultat était presque anecdotique et comme semble en témoigner le retour de Sebrango, on dirait que l’Impact, après avoir fait de 2011 un tremplin pour 2012, commence à faire de ces deux saisons des questions plus distinctes.

Le prochain match aura lieu dimanche à Cary, où Nick De Santis avait aussi joué les disciples d’Usain Bolt en fin de saison dernière, et où l’Impact a déjà pu goûter à la perspicacité de l’association des mots piège et hors-jeu. S’il y aura quelques écueils, c’est peut-être le meilleur adversaire à affronter dans les circonstances actuelles : sauf en étant ridicule, une défaite chez le premier (en confiance et outrancièrement dominateur de la compétition) ne serait pas considérée comme scandaleuse, alors que tout autre résultat serait connoté positivement.

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