2004 : Mission accomplie

Par Martin DesGroseilliers

 Tony Triconi

Ce fut très long, beaucoup trop long diront les partisans de la première heure, mais l’Impact a finalement, 10 ans après son premier titre, renoué avec le championnat. Une foule record de 13,648 spectateurs réunie au centre Claude Robillard a été témoin de cette très belle victoire 2-0 contre Seattle en finale de la A-League.

Contrairement à celui de 1994, dans l’APSL de l’époque, ce titre n’est pas une surprise mais bien une libération. Une libération pour le président Joey Saputo, pour l’organisation, pour les joueurs et, cela va de soi, pour les partisans. Une libération certes, mais également l’aboutissement ultime d’un travail acharné de gens de passion, avec à sa tête un président qui ne suscite rien de moins que l’admiration.

Une décennie erratique

Dix années se sont donc écoulées entre les deux sacres et même si le soccer professionnel montréalais se porte actuellement à merveille, il n’en demeure pas moins que cette décennie a été très tumultueuse par moments. Fort de son apothéose de 1994, le club a d’abord connu une glorieuse période durant laquelle il a terminé au premier rang de la ligue trois années consécutives, ce qui fut, par contre, terni à chaque occasion par une élimination hâtive en séries. Survinrent ensuite la vente de l’équipe, une année sabbatique, l’échec de la NPSL (soccer intérieur), des assistances de plus en plus faibles, une faillite, la tutelle de la ligue et le déchirant SOS (Save Our Soccer) lancé par les joueurs durant la saison 2001.

Joey Saputo (photo Québec Soccer / Tony Triconi)

Le groupe Saputo en a assez vu et répond favorablement au cri du cœur des joueurs... et des partisans : il reprend alors les rênes de l’équipe avec des partenaires fiables et solides, et fait de l’Impact une entité à but non lucratif. Ce n’est plus une question d’argent mais bien de passion, de raison et de vocation. Le désir plus que légitime d’implanter une équipe professionnelle stable au sommet de la pyramide du soccer québécois. Les années de misère sont finalement terminées et l’équipe sort de son marasme et redevient rapidement l’équipe modèle qu’elle était... avant que le groupe Saputo ne la vende en 1999. Comme le dit si bien le dicton : après la pluie, le beau temps ! Beau temps vous dîtes ? Autant on ne s’était jamais imaginé se retrouver dans une telle torpeur, autant le plus optimiste des partisans ne prévoyait une relance aussi bien réussie. L’assistance moyenne est passée de 2008 spectateurs en 2001 à 5364 en 2002, puis à 7213 en 2003. Sur le terrain, l’équipe termine deuxième de sa division à l’issue de la première saison régulière post-relance, et deuxième de la ligue l’année suivante. Contrairement à celle de 2002, l’élimination en séries en 2003 est assez mal acceptée par les partisans et ces derniers demandent rien de moins que l’évincement de l’inénarrable entraîneur Bob Lilley, maître de l’affadissement. Pour des raisons qui sont encore sibyllines, l’Américain ne sera pas de retour en 2004. Ce qui n’est pas sans conséquences… positives.

De Santis : transition de joueur à entraîneur

Nick De SantisJoueur et assistant de Lilley deux saisons durant, l’apprentissage de Nick De Santis est terminé alors qu’il met un terme à sa carrière de joueur et débute celle d’entraîneur. L’ex-numéro 4 est sans contredit le plus grand joueur de l’histoire du club et fut l’un des joueurs sinon le joueur le plus aimé du public. Il n’a jamais donné de demi-mesure si bien qu’on lui décerna, à plusieurs reprises, le titre de joueur le plus travaillant de la ligue. Longtemps ignoré par Bob Lenarduzzi en raison d’une vieille discorde, De Santis a trop peu été sélectionné en équipe nationale. On se souviendra surtout de lui comme le joueur qui a été le cœur et l’âme de l’Impact pendant une décennie. Un joueur exceptionnel qui va énormément nous manquer, mais dont la passion, l’ardeur au travail, la réputation et le respect qu’il impose continueront d’être profitables pour le club, mais à un autre niveau. Conscient des lacunes à l’attaque durant l’ère Lilley, Nick avoue d’emblée vouloir améliorer cet aspect. Il est passé des paroles aux actes et engage trois attaquants, à savoir le Trinidadien Joel Bailey, le Ghanéen venu de Rochester Frederick Commodore et le Canadien Nikola Budalic, en plus de l’arrière gauche argentin et ex-Toronto Mauricio Vincello, reconnu pour son dynamisme sur l’aile et son apport en attaque. Pour se remplacer dans l’axe, il embauche le Montréalais Sandro Grande, dont le séjour en Italie lui a permis de s’entraîner avec un certain Roberto Baggio. Outre De Santis, le seul départ significatif est celui de Martin Nash qui, suite à l’échec de sa tentative de signer en MLS, a décidé de ne pas prolonger son séjour dans la belle province afin de jouer à Vancouver, question de se rapprocher de sa famille.

Même si De Santis est soucieux de mieux exploiter les ressources offensives, ceci ne signifie pas pour autant qu’il va sacrifier le point fort de l’équipe : la défense. Le nouvel entraîneur favorise d’abord et avant tout un jeu axé sur un système limitant les chances de marquer de l’adversaire, car «les meilleures défenses remportent les championnats» disait-il à François-Étienne Corbin lors de l’entrevue du public de rds.ca. Quelques semaines plus tard, la Grèce d’Otto Rehhagel exécutait ce principe à la perfection et remportait l’Euro 2004 et ce, malgré un effectif assez limité. La troupe montréalaise étant l’une des plus aguerries de la ligue, tous les espoirs étaient donc permis.

Saison 2004 : la défense à l’honneur

L’Impact et Grande volent haut cette saison (photo Pépé)Après des matches préparatoires contre les universités montréalaises et les jeunes du Centre Nationale de Haute Performance, le onze montréalais débute sa saison 2004 sous le chaud soleil de Porto Rico et enregistre un gain logique de 2-0 contre les Islanders. Ce qui est suivi, quelques jours plus tard, par un match à Charleston. Mauro Biello marque en prolongation et l’Impact enregistre un premier succès en 8 matches sur le terrain de l’équipe de la Caroline du Sud. Nick De Santis le crie haut et fort : «l’Impact est en mission cette année», et les joueurs le démontrent très rapidement avec cette victoire qui, au dire du capitaine, a été importante dans la quête de remporter le championnat. «C’était la première fois que nous les battions chez eux. Ils étaient les champions en titre, alors ça nous a donné confiance.» L’équipe impressionne en ce début de saison et sa séquence de matches sans défaite s’arrête à 12. L’Impact encaisse alors deux revers en moins de 24 heures, la première 2-1 en prolongation à Virginia Beach et la seconde sur le même score à Richmond. Après deux victoires psychologiques 1-0 contre Rochester et deux défaites 2-1 face à Syracuse, Montréal gagne sept des huit matches suivants et conclut sa saison régulière avec ses cinquième et sixième défaites de la compétition. En somme, l’équipe termine première de l’association de l’Est et deuxième de la ligue, un point derrière Portland. De plus, elle remporte la coupe des Voyageurs pour la troisième année consécutive. Sa défense de fer, quasi impénétrable par moments, lui a permis de conserver le zéro au marquoir 19 fois en 28 matches. Plusieurs joueurs se sont distingués et ont reçu des honneurs individuels. Pour un compte rendu complet de la prestation de chaque joueur, lire les joueurs de l’Impact sous la loupe et scruter les statistiques individuelles.

Vers une seconde finale de championnat à Montréal

Joueur de l’année dans la A-league, Sutton a joué 29 matchs et ne s'est pas retourné lors de 20 d'entre eux...Suite aux 28 parties du calendrier de la saison régulière, les quatre premiers e chaque association se sont qualifiés pour la phase finale, qui se déroule par élimination directe avec des matches aller-retour, jusqu’à la finale qui se joue en un seul match. En quarts de finale, Portland se fait surprendre par Seattle en prolongations, Vancouver surclasse Minnesota, Syracuse a besoin des penalties pour vaincre Richmond et l’Impact réussi finalement, après quatre échecs en autant de tentatives, à battre Rochester. Depuis son entrée dans la compétition en 1996, la formation de l’état de New York est la plus titrée avec 3 victoires en 5 participations à la finale.

Toronto étant malheureusement très rarement dans le coup, Rochester est naturellement devenu le grand rival, voire l’ennemi juré, de l’équipe québécoise. Cette rivalité dépasse largement le cadre sportif, si bien que la haine entre les supporteurs des deux camps est totale et on ne peut plus palpable à l’approche des affrontements entre les deux clubs. Les forums abondent alors de vilenies et de messages racistes dont les limites ne semblent jamais atteintes et, de façon beaucoup plus regrettable, les incidents (mineurs) lors des déplacements de groupe sont fréquents. Sur le terrain, là non plus, on ne se fait pas de cadeaux et ces matches Impact - Rhinos sont parmi les plus houleux de la ligue. Gabriel Gervais, qui a passé deux saisons à Rochester avant de rentrer à la maison en 2002, explique : «un match contre les Rhinos, ce n’est vraiment pas comme les autres. Il y a toujours des étincelles, même en saison régulière, et la rivalité est très grande entre les deux organisations, peut-être même comme celle Canadiens - Nordiques à l’époque.»

Quart de finale Montréal - Rochester

Sebrango montre le chemin (photo Pépé)Lors du premier affrontement à Rochester, l’entraîneur montréalais est privé de Nevio Pizzolitto qui purge le dernier de ses 2 matches de suspension obtenus suite à une taloche bien solide appliquée à un joueur… des Rhinos lors de l’avant dernier match du calendrier régulier. Braz le remplace en défense centrale et Williams débute à droite. Pour sa part, Pat Ercoli est privé du combatif et ancien montréalais Bill Sedgewick pour les deux rencontres. Le seul but du match est l’œuvre de Sebrango. Suite à un coup franc tiré de la gauche de la surface par Sandro Grande à la 53e, le ballon est dévié par un joueur local et se dirige vers le second poteau. C’est alors que surgi l’ancien international cubain qui, profitant de l’inertie de Craig Demmin, a tout l’espace nécessaire pour effectuer un superbe plongeon et pousser le ballon là où il se doit : au fond des filets ! Greg Sutton effectue quelques arrêts et est aidé par Gervais, à la 67e, et les poteaux, en toute fin de rencontre. Lors des dernières secondes de jeu, Vincello se fait subtiliser le ballon par un adversaire qui poursuit sa course et, une fois à l’entrée du rectangle sur la droite, centre pour un coéquipier dont la tête plongeante envoie le ballon en plein sur le poteau à la gauche du gardien montréalais. Le ballon rebondit sur la ligne de fond et roule vers l’autre côté du but, mais Sutton revient à temps pour bloquer le tir de Ryan Trout... avec l’aide de l’autre montant ! Au plus grand désarroi des 7 124 spectateurs réunis à l’horrible Frontier Field… enfin, à l’exception des quelques partisans montréalais qui ont fait le déplacement. Bien qu’elle soit nettement au-dessus de la moyenne de la ligue, cette assistance est très inhabituelle à Rochester et ce duel au sommet contre Montréal la rend encore plus incompréhensible. L’Impact inflige pour la première fois de son histoire un revers aux rhinocéros sur leur terrain lors des séries et est en bonne voie de "trucider" sa bête noire.

Yari Allnutt et les Rhinos sont stupéfaitsDeux jours plus tard, tout ce beau monde se rencontre à nouveau et, comme ce fut le cas lors des deux dernières parties entre ces deux équipes en séries à Montréal, on se contenterait bien d’un 0-0. On fera mieux : on va encore les battre. Quelle joie d’écrire ces mots ! Nevio de retour, Braz retourne à droite et Williams sur le banc. L’Ontarien aura tout de même sa part du gâteau puisqu’il sera sur le terrain lors du coup de sifflet final. La demi-heure de jeu est à peine dépassée que Sebrango ouvre encore le score… et double l’avance montréalaise. Comme le but à l’aller, le tout débute par un coup franc et, aidé par une défense adverse errante, Zé Roberto envoie Sebrango à la gauche du but. Les qualités de buteur de ce dernier ne sont plus à prouver et il loge le ballon derrière Theo Zagar. Gervais, décidément aux bons endroits aux bons moments dans cette double confrontation, s’interpose à deux occasions : une première fois, il bloque le ballon de la tête et une autre, du pied. Il n’est pas le défenseur de l’année pour rien !

L’autre grand allié de Sutton, le poteau, a encore un rôle crucial dans ce match. La spectaculaire reprise de volée de Noah Delgado est déviée sur le poteau par Sutton et, alors que ce dernier est assis sur sa ligne, le ballon lui revient gentiment dans les mains. La confusion la plus totale règne pendant plusieurs secondes : est-ce qu’il y a but ou non ? Ce n’est pas les gros yeux de Yari Allnutt qui changeront quelque chose puisque la décision de M. Petrescu est en faveur de l’équipe locale, ce qui est suivi d’un ouf de soulagement parmi les quelque 10 200 spectateurs et d’une vague de protestations de la part des visiteurs. Malséant ou trop insistant, Kirk Wilson reçoit sa deuxième carte jaune du match. Son ergotage lui permet d’avoir 15 minutes de plus que ses coéquipiers pour prendre sa douche… à l’eau froide… question de se rafraîchir les esprits.

Ce nouveau chapitre historique des affrontements Impact-Rhinos tourne finalement à l’avantage de nos joueurs favoris. Rochester n’a pas le loisir de nous sortir pour une troisième année de suite et, du coup, on les élimine pour la première fois en 5 affrontements. Doug Miller croit que les joueurs montréalais avaient plus de cohésion cette année comparativement à l’an passé, raison de leur succès selon lui. Si De Santis avait insisté sur le fait qu’il fallait créer une bonne ambiance dès le début, il y avait plutôt un mauvais climat dans l’entourage des Rhinos explique François-Étienne Corbin, le journaliste affecté à la couverture de l’Impact à RDS. Mais qu’importe… Pour une revue complète de ce match, appuyez ici. Le titre de ce résumé de partie est de mise : Rochester sous terre. Il était temps !

En demi-finale, Vancouver affronte Seattle alors que l’Impact se mesure à Syracuse. Les deux équipes canadiennes auront fort à faire puisque leur adversaire respectif a eu le dessus durant leurs affrontements en saison régulière. Montréal n’a réussi qu’un maigre nul en 3 parties contre l’équipe de l’expérimenté entraîneur Laurie Calloway. La ligue octroiera la finale à l’un des finalistes selon l’ordre suivant : Vancouver, Montréal, Seattle. Pour les Montréalais, la finale de rêve est donc un affrontement contre l’équipe de l’état de Washington. Mais avant de rêver à une seconde participation à une finale de championnat, les hommes de Nick De Santis doivent canaliser l’émotion des jours précédents et se concentrer sur les Dogs afin de poursuivre la mission jusqu’à son terme.

Demi-finale Montréal - Syracuse

Contact entre Zé Roberto et Foss : le début de la fin pour SyracuseLe style robuste, engagé et intense des Chiens salés a causé beaucoup de problèmes à l’Impact cette saison et De Santis a préparé sa troupe à une confrontation très physique. Le mot d’ordre était de ne pas céder un pouce, c'est-à-dire d’égaler l’intensité de l’adversaire, de gagner les duels 50-50, et de garder 90 minutes durant la concentration afin d’éviter les répliques punitives. Le talent de l’équipe allait ensuite faire la différence, espérait-on. Ce fut le cas, mais l’indiscipline et le manque de flegme auront été fatidiques pour les hommes de Calloway. Zé Roberto n’est pas étranger à ces excès. Il a en effet donné le ton en première mi-temps lorsqu’il est entré en collision avec Byron Foss, le gardien canin. Suite à une fabuleuse course au milieu de plusieurs joueurs adverses, le numéro 10 montréalais pousse un peu trop le ballon et n’a d’autre choix que de plonger pieds devant pour espérer le toucher avant qu’il ne soit maîtrisé par Foss. Ce n’est pas parce qu’il est le plus petit joueur sur le terrain qu’il n’allait pas donner ce petit plus, tel que demandé par De Santis. Un petit plus certes, mais avec d’importantes conséquences, à l’avantage de l’Impact bien sûr. Dès lors, le petit Brésilien a été la cible de certains joueurs éperdus et paniquards de Syracuse, ce qui entraîna l’expulsion de Temoc Suarez à la 49e et de Rene Rivas à la 90e.

Pour le principal intéressé, cette action, durant laquelle il ne faisait que jouer le ballon, est un point tournant dans le duel. «Quelques joueurs de Syracuse ont perdu leur sang-froid et nous en avons profité. Lorsque le premier joueur a été expulsé, ça nous a permis d’attaquer davantage et de marquer deux buts.» Ces deux buts ont été inscrits en moins de 3 minutes. Suite à une grave erreur défensive, Commodore se retrouve complètement seul devant le gardien adverse et n’a aucun mal à le déjouer d’un joli lob. Bien servi par Sebrango à la 73e, Biello double l’avance des siens. Les deux actions qui ont mené aux buts ont été initiées par des centres en profondeur de Gabriel Gervais, visiblement pas trop fourbu par son voyage au Costa Rica avec les rouges deux jours plus tôt. Les Dogs ont fait preuve d’un manque flagrant de discipline mais également d’opportunisme, comme ce lob de Carabajal qui passe de peu à côté du but de Sutton, une chance gaspillée alors que le score était toujours vierge. De Santis voulait revenir à la maison avec une avance d’un but, elle sera plutôt de deux puisque le match se termine sur la marque de 2-0.

Avec une telle avance pour une équipe aussi imperturbable en défense, la côte apparaît insurmontable pour Syracuse, surtout si l’on considère que Calloway devra effectuer une gymnastique dans son alignement afin de pallier les absences de Carabajal, Kerekes, Rivas, Suarez et Vendegh, indisponibles en raison d’une suspension ou d’un problème de visa les empêchant de traverser la frontière. Qui plus est, l’Anglais a peu de temps pour rabibocher son équipe. De son côté, son homologue montréalais peut compter sur le retour de Braz, remis d’une blessure à la hanche subie lors du deuxième match contre Rochester. Grande retrouve également son poste de partant, lui qui n’a joué que les 24 dernières minutes lors de la première rencontre en raison du match du Canada au Costa Rica. Titulaires à l’aller, Williams et Ribeiro redeviennent réservistes.

Leduc jubile après son butLe match retour est donc en apparence une quasi-formalité. En apparence seulement car dans les faits, ce ne sera pas si facile - même s’il est vrai que nous n’avons jamais été inquiétés. Même si elle est privée de joueurs clés, il faut se méfier de cette équipe hargneuse qui, comme prévu, est sortie très fort dès le coup de sifflet initial. Avec deux buts à rattraper, ils se devaient absolument de marquer les premiers... Malheureusement, pour eux bien sûr, ils n’ont pas tiré de leçons du match disputé moins de 48 heures auparavant, si bien qu’ils ont encore une fois fait preuve d’un grand manque de concentration et de discipline. Dès la 20e minute, l’Impact mène 1-0 et douze minutes plus tard l’équipe américaine joue (encore) avec un homme en moins. Nick De Santis n’en demandait pas tant et sa pression artérielle devait soudainement se retrouver à un niveau plus physiologique. Ce n’est plus une côte mais bien le Mont Everest que Syracuse devait surmonter, comme l’écrivit Nolan Weidner sur leur site internet. Frankie Sanfilippo retient - sans raison aucune - le maillot de Sebrango à l’intérieur du rectangle, Leduc marque sur le penalty qui s’ensuit et le stade éclate : ça sent la finale ! Benêt, Scott Schweitzer tackle dangereusement et inutilement Vincello en milieu de terrain et devient le troisième trublion des Dogs expulsé de la série. S’ensuit une très courte période de marivaudage. Atteint au genou, l’Argentin sera remplacé par Lloyd Barker juste avant la pause. Le sympathique rapper joue ses premières minutes de cette phase finale… et les dernières de sa brillante carrière professionnelle débutée 16 ans plus tôt à Ottawa. All the best, Lloyd ! «Je suis frustré et outré d’avoir abandonné l’équipe», convenait ainsi le capitaine de Syracuse au sujet de son geste.

Les Dogs ont vu rouge : Suarez, Rivas et maintenant SchweitzerEn plus de jouer au football à dix, les joueurs de l’équipe visiteuse doivent maintenant se faire également alpinistes. Ils ont tout de même eu une lueur d’espoir lorsque Low déjoua Sutton à la 39e, mais leur escalade n’ira guère plus loin et le match se termine à égalité : l’Impact l’emporte 3-1 au total des deux matches. Au lieu de suivre l’exemple du capitaine, l’entraîneur et certains joueurs de Syracuse ont ouvertement houspillé les arbitres afin d’expliquer leur élimination et ont fait preuve de tartufferie dans leurs propos d’après match. Sanfilippo déclarait qu’il ne touchait pas à Sebrango lorsque l’arbitre siffla le penalty, alors qu’il y avait bel et bien faute. «J’aimerais que ce soient les 22 joueurs sur le terrain qui décident du résultat des parties» disait, quant à lui, l’entraîneur perdant. Calloway sait pourtant très bien que c’est en ne sifflant pas les fautes que l’arbitre ne laisse pas les joueurs décider du résultat. De son côté, De Santis a reconnu et louangé l’effort des joueurs de Syracuse, mais a également ajouté que l’indiscipline leur a coûté cher. Pour une revue complète de ce match (et pour voir la faute de Sanfilippo), lire Ka mate, ka mate ! Ka ora, ka ora ! Si les joueurs de l’Impact ont su s’adapter au style de jeu des Dogs, ces derniers, et c’est là que s’est principalement joué cette demi-finale, n’ont jamais été au même niveau mental que les joueurs de Nick De Santis, nettement mieux préparés à cet égard. Certes, il y a eu un petit relâchement après l’ouverture du score. Certes, les joueurs de Syracuse ont travaillé plus fort dans ce match et n’ont pas été dominés après l’exclusion de leur capitaine. Mais il n’en demeure pas moins que l’Impact n’avait pas besoin de courir après le résultat, l’essentiel ayant déjà été accompli durant le premier match. Il ne fallait qu’assurer. Et ce fut fait, si bien que Montréal atteint la finale pour la seconde fois de son histoire. Ne reste maintenant qu’à savoir à quel endroit elle se déroulera…

Quelques heures plus tard, dirigeants, joueurs et amateurs de l’Impact se branchent sur Internet et suivent avec un intérêt certain le match retour de l’autre demi-finale, alors que Vancouver accueille Seattle. Victorieuse 1-0 au match aller sur une magnifique bicyclette de Bolanos, l’équipe américaine a soudainement, deux heures durant, de nombreux partisans québécois. Les Sounders ne nous déçoivent pas et assurent leur participation à la finale et, du même coup, permettent à Montréal d’en être l’hôte pour la deuxième fois. Le match avait pourtant bien débuté pour Vancouver alors que Jason Jordan remettait les équipes à égalité grâce à une remarquable volée dès la 18e. Malheureusement pour eux, mais heureusement pour nous, Jason Farrell envoya un superbe tir brossé de l’intérieur du droit en pleine lucarne juste avant la pause. La déprécation montréalaise est entendue et Seattle se qualifie à la plus grande joie de ses supporters... et de ceux de l’Impact !

L’adversaire

Welton Melo :  un souci en moins pour la finale.L’équipe de l’entraîneur Brian Schmetzer, un ancien joueur des Sounders en NASL, regorge d’individualités avec un bagage fort appréciable. Plusieurs de ces joueurs ont joué dans la MLS. Parmi ces derniers, Danny Jackson a fait partie de l’école de jeunes de Leeds United pendant dix ans, Darren Sawatzky a joué en Premier League, Welton Melo a évolué en première division brésilienne et Jonathan Bolanos est un ancien international costaricain. De plus, Jake Vaughn a joué en deuxième division espagnole et avec l’équipe réserve de Metz en division 1 française. Schmetzer, qui en est à sa troisième saison à la tête de l’équipe, a, en Jimmy Gabriel, un adjoint expérimenté avec une feuille de route très étoffée. Victorieuse en 1995 et 1996, l’équipe américaine aura un handicap majeur lors de la finale puisque son meilleur buteur, Welton Melo, est suspendu. Dans un scénario des plus rarissimes, le Brésilien a été expulsé lors du dernier match à Vancouver. Pendant qu’il se dirige vers le banc pour être remplacé, Schmetzer décide plutôt de sortir Jason Farrell, qui vient tout juste de se blesser sur l’action précédente. Or le quatrième officiel avait déjà indiqué à M. Liu, l’arbitre, le changement initialement prévu et, croyant que Melo retardait le match en demeurant sur le terrain, il lui décerna sa deuxième carte jaune du match, synonyme d’expulsion et de suspension en cas de finale. Le règlement permet à un entraîneur de changer sa décision de substitution mais le baragouinage du Brésilien à cet effet, qui n’est ni sinisant ni très à l’aise avec la langue de Shakespeare, n’y change rien et c’est donc d’un air hagard qu’il dut finalement quitter le terrain. Les Sounders ont passé beaucoup de temps à discuter avec les dirigeants de la ligue, ce qui a été une distraction pendant leur préparation. Finalement, la demande de lever la suspension afin que Melo puisse participer à la finale a été rejetée.

Le calendrier déséquilibré de la A-League fait en sorte que la dernière rencontre entre les deux finalistes remonte au 12 août 2001, alors que l’Impact l’emporta 2-1 en prolongation devant ses partisans. Seattle a cependant gagné 11 des 14 parties précédentes. Les entraîneurs doivent donc se rabattre sur les quelques enregistrements vidéo à leur disposition afin de préparer leurs troupes. L’équipe montréalaise a un net avantage au niveau des chiffres cette saison et comme le match se joue sur son terrain, devant ses partisans, elle est favorite pour l’emporter. De Santis prévient ses joueurs qu’«il faut jeter les statistiques par la fenêtre car lorsqu’une équipe atteint la finale, c’est parce qu’elle a connu de bonnes séries et qu’elle est en confiance.» De son côté, Schmetzer accepte bien le rôle de négligé, question d’enlever de la pression à ses joueurs. De plus, il déclare savoir quoi faire contre l’Impact. On se demande bien de quoi il parlait…

La finale

Les onze titulaires de la finale. En haut : Braz, Pizzolitto, Gervais, Sutton, 
Vincello, Sebrango ; En bas : Grande, Biello, Zé Roberto, Leduc et Bailey (photo Québec Soccer / Tony Triconi)«Le soutien formidable que nous avons eu des amateurs de soccer tout au long de l’année s’est avéré l’une des belles histoires dans la A-League cette saison. Nous sommes donc très heureux de pouvoir offrir à nos partisans un match de championnat», déclarait le président Joey Saputo. Avec plus de 9 000 spectateurs en moyenne par match, l’Impact a en effet connu une saison fulgurante aux guichets, avec un sommet à 11 019 contre Vancouver. Un record qui sera largement dépassé en ce 18 septembre 2004… Pendant que les joueurs se préparent mentalement et physiquement, les partisans arrivent au stade. Ce sont finalement 13 648 spectateurs qui seront massés dans un stade avec une capacité augmentée à 10 100. Par manque de sièges, et comme ce fut le cas à plusieurs reprises cette année, mais jamais autant que ce soir, il y des gens assis sur la pelouse tout autour du terrain. À défaut de bénéficier d’un confort appréciable, ces derniers verront l’action de plus près. Ce qui crée une atmosphère électrisante. Dans le kop, tout y est : tambours, trompettes, drapeaux, fumigènes, etc. L’ambiance sera telle que Francisco Marcos, le président des USL, déclara : «sans le moindre doute, ce fut l’une des plus grandes soirées de l’histoire de notre ligue.» Gonflés à bloc et motivés par cette exaltation, les joueurs font leur entrée sur le terrain sous les chauds applaudissements des spectateurs. La température est plutôt fraîche, mais idéale pour les joueurs. De Santis établit son onze habituel : Sutton - Vincello, Gervais, Pizzolitto, Braz - Grande, Zé Roberto, Leduc, Biello - Sebrango, Bailey. Tout le monde est prêt, et l’arbitre donne finalement le coup d’envoi…

Drapeaux, chants, tambours, fumigènes… : le kop en délire !Tout de noir vêtus, les favoris locaux amorcent la rencontre et, à l’exception de montées de Biello et de Grande, ce sont les Sounders qui prennent les premières initiatives, en vain. Montréal n’obtient rien de concret jusqu’à ce que Zé Roberto effectue le premier tir cadré du match à la 18e. Son tir de l’extérieur du rectangle aboutit directement dans les mains de Burpo, qui n’a aucun mal à saisir le ballon. Cinq minutes plus tard, c’est au tour de Seattle de mettre à l’épreuve le gardien adverse par l’entremise de Farrell, mais le ballon à trajectoire tombante qui rebondit au sol devant le géant montréalais est bien négocié par ce dernier. Loin d’être difficile, cet arrêt n’est tout de même pas si commode à effectuer, à l’instar de la détente de Burpo à sa droite afin de repousser la superbe tête de Pizzolitto qui, s’y elle eut été légèrement plus puissante, aurait été nettement plus embêtante, mais il lui était difficile de mieux l’appuyer puisqu’il dut aller chercher le ballon. L’Impact contrôle mieux, attaque plus et alors que l’on approche la demi-heure de jeu De Santis affiche son premier sourire du match, lui qui était passablement tendu depuis le début. Cette confiance se confirme de la plus belle des façons à la 33e. Zé Roberto et Vincello, assez remuants depuis le début, combinent une fois de plus leurs efforts, et cette fois ce sera la bonne… L’action débute par une récupération de Leduc qui cède ensuite à Vincello monté dans l’axe. D’une touche, ce dernier passe le ballon à Zé Roberto qui contrôle, se retourne et envoie son compère sud-américain dans l’espace en direction de la cible. Une feinte à gauche, une à droite, une autre à gauche, l’Argentin danse avec le ballon et décoche un tir croisé du gauche. Imparable ! L’Impact prend les devants et donne l’occasion aux nombreux spectateurs de festoyer. Le stade bondé éclate pour la première fois de la soirée. Et c’est loin d’être fini (…) !

Sandro Grande a été premier de classe durant toute la saison et il démontre encore une fois tout son talent lors de cette première mi-temps : on le retrouve à gauche, à droite, dans l’axe, autant en récupération qu’à la relance. Bref, il est omniprésent, impliqué dans toutes les phases du jeu. À quelques secondes de la pause, Leduc effectue une passe chirurgicale à Biello mais la frappe du capitaine est légèrement trop croisée. L’action se poursuit immédiatement de l’autre côté alors que Farrell passe aisément Braz et, profitant d’une chute de Gervais, tente d’égaliser d’un tir au ras du sol au premier poteau. Sutton fait l’arrêt et M. Navarro envoie les joueurs aux vestiaires pour un repos bien mérité.

Commodore fait trembler le filet adverse pour la dixième fois cette saisonDe retour sur le terrain, les joueurs montréalais affichent toujours un désir de vaincre, une impatience palpable et une envie d’en finir. Ils savent qu’il n’y a maintenant que 45 minutes qui les séparent de la réalisation de la mission. Le message de l’entraîneur est clair : «On n’arrête pas d’attaquer.» Le match reprend et l’Impact est en parfait contrôle de la situation. Suite à une tentative de bicyclette à la 56e, Bailey se blesse et doit céder sa place à Commodore. Ce qui est sans conséquence, enfin sauf pour le bobo à Bailey, puisque De Santis prévoyait de toute façon d’effectuer ce changement. «À la pause, j’ai demandé à Joel de m’en donner encore pour 15 minutes.» Après deux occasions ratées, le réserviste de luxe de l’Impact revient à la charge à la 78e. D’une superbe talonnade, Pizzolitto remet le ballon à Commodore posté seul devant la cage de Burpo. Machiavélique et sans pitié, le Ghanéen se précipite sur le ballon tel un prédateur affamé et, d’une frappe féroce, le propulse au fond des filets. Pour la énième fois de la soirée, les fumigènes surgissent du kop et un autre moment de pur bonheur jaillit dans le stade. Génialissime, tout à fait génialissime le coup de patte de Nevio !

Ce but d’assurance fut précédé d’un tournant dans le match. Schmetzer effectue son troisième changement à la 74e et moins de 20 secondes après son entrée, Tomlinson, très guignard, frappe la transversale. Comme si son talent ne suffisait pas, Sutton a la baraka ! Cette action démontre que Seattle, totalement inoffensif depuis le début de la seconde mi-temps, est toujours dans le coup. L’espoir est toutefois éphémère puisque Commodore répandit rapidement son venin pour la dixième fois cette saison. Malgré leurs efforts, les Sounders n’y arrivent pas. Ils sont impuissants et épuisés, incapables de franchir le mur défensif montréalais. L’Impact est tout simplement plus fort, trop fort, et obtient encore quelques occasions sans toutefois les concrétiser, ce qui évite l’humiliation à Seattle.

Les célébrations et regard vers l’avenir

Mission accomplie ! (photo Québec Soccer / Tony Triconi)Déjà en état de fête depuis quelques minutes, le stade plonge dans l’euphorie la plus totale au coup de sifflet final. La saison 2004 de la A-League est dès lors terminée et l’Impact de Montréal est à nouveau champion. Les célébrations peuvent débuter et après 10 ans d’attente, joueurs et partisans s’en donnent à cœur joie. Des milliers de spectateurs envahissent le terrain, tournicotent et ne forment plus avec les joueurs qu’une merveilleuse harmonie. C’est le temps des accolades, des pleurs, des cris de joie, des sourires, des hurlements. Gervais, qui fête également ses 28 ans, n’a d’autre choix que de laisser son maillot à son cousin, De Santis a les yeux pétillants, la plupart des joueurs interviewés parlent de la grande famille qu’est l’Impact. Biello reçoit la coupe, Montréal succède à Charleston, vainqueur en 2003, et la mission est accomplie pour la troupe de Nick De Santis.

Bien qu’il possède quelques-uns des meilleurs éléments de la ligue, l’apport de De Santis est indéniable dans les succès du club en 2004. Matthias Van Halst, rédacteur en chef du journal Québec Soccer, explique : «Il a changé le style de jeu et apporté des intentions offensives durant 90 minutes ou presque, ce qui n'existait pas sous Lilley. Mais surtout, il a amené beaucoup de stabilité dans la manière de jouer et le positionnement des joueurs sur le terrain qui ont été bien moins promenés d'une position à l'autre. Contrairement à son prédécesseur qui effectuait encore des essais fin août. Relativement tôt dans la saison, chacun connaissait son rôle dans l'équipe et il devenait plus facile de l'appliquer.»

Celui qui répète régulièrement que l’Impact est sa deuxième famille offre ainsi un second championnat à l’Impact. Pour les partisans les plus férus, le stade du centre Claude-Robillard est une deuxième maison. Et lorsqu’elle est le théâtre de scènes de réjouissance aussi remarquables, nous en ressentons une béatitude profonde. Des titulaires aux réservistes, tous les joueurs de cette équipe méritent ce titre. Sans oublier les blessés de longue date, car eux aussi sont champions. Membres de l’édition de 1994, Biello et Barker remportent ainsi leur second titre alors que De Santis devient le premier de la ligue à l’emporter en tant que joueur puis en tant qu’entraîneur. Hospitalisé et sous intraveineuse la nuit précédant la finale, Mauricio Vincello a montré de la hardiesse. Sa performance lui valut le titre de joueur du match.

Lloyd se retire de la plus belle des manièresHormis quelques privilégiés qui s’y trouvaient, les amateurs ont néanmoins eu la chance de suivre une partie des célébrations dans le vestiaire de l’équipe, gracieuseté de RDS. Le moment le plus fort est survenu lorsque l’entraîneur, complètement trempé de champagne, de Gatorade et de tout liquide que les joueurs avaient sous la main, a prononcé le discours suivant : «Depuis le premier jour du camp d’entraînement lorsque l’équipe s’est réunie, Peter (Pinizzotto, son adjoint) me disait sans cesse que c’est une équipe de champions… et moi je lui répondais non Peter, je ne crois pas, je ne crois pas. Et je n’arrêtais pas de lui répéter cela, de telle manière qu’il dû continuer à me dire que cette équipe allait être championne…» Après avoir fêté leur victoire comme il se doit, nos champions ont fait une dernière apparition publique lors d’un rassemblement au centre-ville quelques jours plus tard. Lire également le résumé détaillé de la finale : Montréal champion !

Rejoint à son bureau à Seattle quelques mois après la finale, le président des Sounders, Adrian Hanauer, analyse la saison de son équipe et la finale de la façon suivante : «Ce fut une saison en dents de scie, mais nous sommes extrêmement heureux d’avoir atteint notre apogée au bon moment et de terminer notre campagne en atteignant la finale. On aurait certainement préféré la jouer à domicile, avec notre meilleur buteur… mais je ne cherche pas d’excuses pour la défaite, l’Impact était meilleur. L’atmosphère était fantastique, ce qui aide à gagner des parties. La ville de Montréal doit être extrêmement fière du lien qui existe entre l’Impact et les amateurs.» Quant à lui, le président montréalais n’a ni remords ni regrets et déclare qu’il n’est pas question d’attendre encore une décennie avant de savourer un autre titre. «Certaines équipes coupent dans les salaires ou dans les joueurs pour sauver des sous, mais ce n’est pas notre philosophie. On veut tout faire pour remporter le championnat et ce, à chaque année.» Quand on voit toute la frénésie qui entoure un tel événement, en plus du prestige et de l’honneur, il est normal d’être gourmant et d’en redemander. De telles soirées, ça fait rêver les jeunes et ça les stimule. Patrick Leduc, qui avait 16 ans lors de la finale de 1994, raconte : «J’ai beaucoup suivi l’équipe cette année là, mais c’est le match dont je me souviens le plus. Ça m’a vraiment motivé… jouer pour l’Impact et remporter une finale sont devenus des objectifs. Une fois avec l’équipe, j’ai oublié le championnat parce que ce furent d’abord des années difficiles. Ça avait l’air tellement loin.» Mais les futurs jeunes footeux de l’Impact n’attendront pas aussi longtemps. Parole du président…

Nul ne peut, avec recul et sérénité, ne pas se remémorer tous les efforts, les sacrifices et les périodes de misère noire qui ont été nécessaires au fil des années afin d’en arriver à une saison empreinte d’un succès populaire aussi éloquent et tant convoité, avec comme apothéose un couronnement grandiose ô combien mérité. Depuis la reprise par Saputo, le club est en ascension constante. Et cette année fut la consécration, la libération. Le fruit d’un travail devenu un modèle. Mais la ligue ne pourra pas suivre le rythme, estime François-Étienne Corbin. «Il y a trop d’équipes de second ordre dans ce circuit.» De récents développements nous laissent croire que le président de l’Impact entretient peut-être de grandes ambitions pour son club (voir notamment le Québec Soccer de février 2005). Mais l’Impact n’est-il pas déjà au sommet, la majorité des autres équipes traînant de la patte, loin derrière ? En bon Européen qu’il est, Matthias Van Halst déplore le fait qu’une équipe ne puisse accéder à un niveau supérieur suite à ses performances sur le terrain, selon le système de promotion/relégation. «Les critères sportifs doivent prendre le pas sur les critères financiers et autres.» Toujours est-il que l’Impact ne pourra peut-être pas éternellement stagner en USL. Malgré ses défauts actuels, il n’y a qu’une seule autre option : la MLS. «Montréal doit pouvoir se mesurer aux plus grandes villes américaines, comme c’est le cas au hockey, et comme au baseball, jadis, dit le journaliste de RDS. C’est une nécessité pour faire passer le soccer professionnel à un autre niveau chez nous, pour que les dirigeants de certains médias acceptent de traiter le foot comme un sport majeur, même s’ils n’en sont pas des amateurs.» Longtemps ignoré au niveau national, le Québec est maintenant devenu un modèle, et Bob Lenarduzzi des Vancouver Whitecaps est très impressionné par le développement du soccer amateur et professionnel dans la belle province. Pour lui, ceci se reflète par la qualité des joueurs québécois produits depuis un certain temps. «Si une équipe canadienne doit aller en MLS, c’est bien Montréal.» L’ancien entraîneur de San José en MLS et l’actuel entraîneur de l’équipe nationale canadienne Frank Yallop pense de même : «Montréal serait parfait pour la MLS puisque l’équipe possède de nombreux partisans, un excellent propriétaire en Joey Saputo et quelques-uns des meilleurs joueurs de la ligue.» Le sélectionneur national a évidemment tout intérêt à ce que la MLS débarque au Canada, et Montréal offre certaines garanties que Toronto, par exemple, ne possède pas en ce moment (par exemple, lire La MLS à Toronto, une grave erreur, Québec Soccer, janvier 2005). «Il ne faut pas cependant tuer les USL», prévient Matthias Van Halst, ce qui serait en effet très néfaste pour le soccer en Amérique du Nord.

«L’investissement que devrait faire l’Impact pour adhérer à la MLS serait vraiment très important» rétorque Claudine Douville, qui ne croit pas beaucoup à un passage de l’Impact dans la MLS. La descriptrice des parties de l’Impact à RDS favorise plus une stabilité de la structure de la ligue dans laquelle l’équipe évolue actuellement. «Dans un monde idéal, j’aimerais une ligue canadienne dans laquelle de saines rivalités pourraient se créer. Une telle ligue servirait la cause du soccer au Canada, aiderait au développement des joueurs de pointe tout en leur offrant des débouchés intéressants et permettrait peut-être enfin au Canada de bien se positionner sur l’échelle internationale.» Ce point de vue, qui rejoint beaucoup de gens, est sans le moindre doute une perspective intéressante… Mais ne croyez pas que l’option MLS soit complètement utopique. Réponse intégrale de Nick De Santis à la question Puissant en USL ou modeste en MLS ? (Québec Soccer, janvier 2005) : «C’est difficile de répondre. Puissant en USL… pour l’instant. Cette ligue nous a donné l’occasion de jouer à un certain niveau. Depuis qu’on est là, il y a toujours eu un respect avec la ligue. Être une des meilleures équipes, c’est très important. Pour le futur, on verra. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve.» De plus, Ronald King, du journal La Presse, rapportait que l’ACS a approché l’Impact pour s’informer de leur intérêt vis-à-vis de la MLS, sans trop de succès… pour l’instant. Dans mon monde idéal, il n’y aurait qu’une seule ligue nord-américaine répartie en divisions, dont les plus basses seraient régionales, avec un système de promotion/relégation. La promotion d’un échelon supérieur se gagnant sur le terrain, et non par coups de téléphone, par lobbying, ou encore dans le but d’assoupir les désirs d’un richissime millionnaire quelconque. Ce système n’est certes pas ancré dans les mœurs sportives dans ce coin du monde, mais peut-être que le football nord-américain se porterait mieux s’il n’avait pas perdu une partie de son authenticité au profit de l’américanisation ? Et les amateurs de l’Impact ne se demanderaient pas s’ils vont perdre certains des meilleurs éléments de l’équipe pour la prochaine saison… au profit de la MLS. Les discussions tourneraient plutôt autour des joueurs que l’on devrait acquérir afin de renforcer l’effectif pour la nouvelle aventure en division 1… enfin… l’autre division 1… Toujours dans un monde idéal…

En principe, Montréal devrait se voir octroyer l’organisation de matches pour la coupe du monde U20 qui se déroulera au pays en 2007, ce qui permettrait à Joey Saputo de construire «son stade» ou, à tout le moins, d’apporter d’importantes rénovations à Robillard. D’ailleurs, la candidature de la métropole est soutenue par l’Impact (…) Question de joindre l’utile à l’agréable, les villes canadiennes avec une équipe professionnelle, ou projetant d’en avoir une, devraient très judicieusement être favorisées afin d’augmenter la qualité de leurs installations. Dans sa sélection des villes retenues pour l’événement, on peut difficilement s’imaginer que l’ACS puisse ignorer la ville de soccer par excellence au pays et, par le fait même, faire faux bond à l’un de ses plus fidèles ambassadeurs. Le stade : dernier morceau du puzzle pour Joey Saputo ? Difficile de savoir ce que mijote et nous réserve le président pour l’avenir mais il peut compter sur nous pour le suivre. Le grand succès de la saison 2004 en fait foi !

La conquête d’un championnat professionnel laisse derrière elle des images et des souvenirs exceptionnels qui ne s’effaceront jamais. Des sensations et des émotions que peu de sphères de la vie peuvent procurer. Nous en rêvions depuis un certain soir d’octobre 1994… et en ce 18 septembre 2004, le rêve est devenu réalité. Nous ne savons pas lorsqu’il nous sera permis de revivre une telle effervescence et un tel ravissement mais pour l’instant, on ne peut qu’en rêver encore. Jusqu’à la prochaine fois…

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