Une soirée qui restera gravée dans les mémoires

Impact Montréal - Santos Laguna 2-0 – Match de Ligue des champions joué le 25/02/2009

MONTRÉAL : Jordan, Braz, Joqueviel, Pizzolitto, Di Lorenzo, Grande, Testo, Gjertsen, Placentino (59e de Roux), Brown (82e Brillant), Sebrango (90e Byers)

SANTOS LAGUNA : Sanchez, Hernandez, Garcia, Santiago, Mares, Rodriguez, Toledo (46e Quiñonez), F. Torres (75e Quintero), G. Torres (66e Ludueña), Vuoso, Benitez

ARBITRE : M. Vaughan (É-U)

AVERTISSEMENTS : Brown, Sebrango, Brillant

LES BUTS : 5e Santiago (csc, 1-0), 77e Sebrango (2-0)


Pincez-moi, que je m’assure de ne pas rêver. Deux jours encore après cette soirée inoubliable, j’ai toujours du mal à me rendre compte de ce qui est arrivé. Une victoire 2-0 au Stade olympique, en quart de finale de la Ligue des champions, contre un club mexicain bardé d’internationaux, devant près de 56000 personnes.

S’il n’y avait pas le mot mexicain dans la phrase précédente, on aurait pu se croire, je ne sais pas moi, à Montjuic, où se produit l’Espanyol Barcelone. Ah non, pas possible, il y a 400 places de moins que l’assistance de mercredi dernier. Euh… à l’Olympiastadion de Munich… ah ben non, le Bayern n’y joue plus. À Rome alors, ou à Berlin. Ah oui tiens, Rome (quoique les stades italiens sont bien vides par les temps qui courent…) ou Berlin. Eh bien non, c’était bel et bien à Montréal, en plein cœur du mois de février, même si les incrédules croient que le soccer, ça se joue juste pendant les vacances scolaires d’été. S’ils veulent, de toute façon, là, c’était du football, fußball, calcio, voetbal, futebol, fútbol, labdarúgás, fotbal, piłka nożna, fotboll, fotball, fodbold, le sport universel par excellence dont je vous épargne les graphies dans des alphabets non latins.

Bon, je vais quand même rester avec mes incrédules car, si énorme que soit cette foule, elle n’était pas un record pour un match de football à Montréal, lui qui est détenu par la finale olympique de 1976 entre l’Allemagne de l’Est et la Pologne (71617 spectateurs). Elle n’était pas non plus un sommet pour une équipe locale, puisqu’un soir de septembre 1981, le Manic défiait Chicago devant 58542 partisans. Par contre, le football reste le sport qui a attiré les foules les plus importantes du Stade.

Si les nostalgiques des défunts Expos étaient nombreux (certains ayant découvert le ballon rond il y a peu, peut-être même ce mercredi), beaucoup m’ont parlé de ce fameux match de 1981. Notamment ceux qui y étaient. Comme si ce jour était tellement attendu, comme si le gros quart de siècle qui a séparé les deux dates n’avait fait que griser les cheveux, et grossir certaines bedaines, mais, l’espace d’un instant, n’avait pas existé. D’autres ont même évoqué la finale olympique, où de nombreux montréalais étaient aussi, forcément.

Dans son article dans La Presse, Réjean Tremplay (qui a quand même préfacé le livre Histoire du Soccer québécois) laissait échapper comme un gros soupir de soulagement, lui qui lors du fameux match du Manic était perdu dans les prairies pour un obscur match de hockey qui, visiblement ne l’intéressait pas plus qu’une pomme n’intéresse un poisson… Il pouvait enfin rattraper ce moment raté.

Je parle, je parle, mais le stade se remplit. Il est 19h15 et l’échauffement va bientôt commencer. La vidéo promotionnelle du site officiel du club, qui a reçu pas mal de compliments, passe sur l’écran géant, les lumières sont éteintes, ils sont trop peu nombreux à pouvoir la regarder malgré les appels à arriver tôt. Dommage, mais très loin d’être grave, ce n’est qu’une mise en bouche.

Les gradins se remplissent, pas assez vite. Paraît-il que les préposés du stade ne sont pas habitués à faire rentrer les gens l’hiver, que la fouille prend plus de temps avec les gros manteaux. Ben oui, c’est vrai ça… ce stade n’avait plus été utilisé en hiver depuis que la toile qui le surplombe s’était déchirée au siècle dernier.

Musique et publicité se succèdent pour faire patienter. Normal. Arrive la composition des équipes puis dans les haut-parleurs résonne Carnival de Paris, mais pas n’importe quelle version. Dans celle-ci, on entend dans le fond des paroles “Allez, allez, allez, allez, a-allez, Montréal, Montréa-al, Montréal allez allez.” Oui, adaptée à nous. Et je ne peux évidemment m’empêcher de repenser à mon premier match ici, le 10 juillet 2002, une semaine exactement après mon installation au Québec, une victoire 2-0 contre les haïssables de Rochester, avec comme héros de la journée, un certain Eduardo Sebrango auteur des deux buts.

Mais ma pensée allait surtout à mes pensées d’alors, où je me disais que je n’avais jamais entendu tant de monde faire aussi peu de bruit. Au milieu de ce silence, quelques voix, dont un type qui criait plus fort que les autres et chantait, oui, vous l’aurez deviné… “Allez, allez, allez, allez, a-allez, Montréal, Montréa-al, Montréal allez allez.” et courait avec son drapeau entre les deux étages de sièges du stade Claude Robillard le long du boulevard Christophe Colomb. Au moment où le même chant, enregistré spécialement pour l’occasion, retentissait dans le stade, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir une pensée émue pour celui que vous reconnaîtrez sur le forum sous le pseudonyme de Daniel.

L’atmosphère monte, les deux équipes s’apprêtent à effectuer leur montée sur le terrain. Ensemble, comme dans tout vrai match de football, de façon à ce que l’ambiance soit encore plus au sommet lors de l’entrée dans l’arène. Tout le monde est, pour une première fois, en folie, y compris Jacques Thériault, un de ceux qui, grâce à son émission sur CKAC, fait bien ses devoirs et montre que ce n’est pas parce qu’on ne connaît pas forcément le football qu’on ne sait pas en parler et le rendre intéressant… notamment pour ceux qui ne le connaissent vraiment pas, mais aussi pour les autres. Muni de son écharpe, il saute et la fait tourner, me confirmant du même coup que l’expression “no cheering in the press box” a bel et bien été inventée par les Canadiens anglais qui, frustrés de ne rien gagner, coincés, ou les deux, ont décidé que le silence était la meilleure cachette (je m’en doutais, ayant déjà à de nombreuses constaté l’enthousiasme de journalistes de nombreux pays, mais ça fait du bien de voir ça ici aussi, puis je ne l’ai jamais entendue dans d’autres langues). Notre ami Jacques s’est peut-être fait regarder de travers par certains d’entre eux mais ça a certainement dû encore augmenter son plaisir !

Ça y est, les 25 acteurs sont en place (n’oublions pas le trio arbitral américain). Aucune surprise dans la composition des deux équipes, qui étaient celles annoncées sur ce site la veille. Cependant, John Limniatis avait finalement décidé de faire jouer Placentino et Gjertsen respectivement à gauche et à droite alors que l’entraînement de mardi pouvait laisser croire qu’il les inverserait de position.

Le (tout) début de rencontre est un round d’observation. Il fallait bien que les Mexicains étudient les Montréalais, puisqu’ils n’en savaient rien ou presque, les ayant pris d’un petit peu beaucoup trop haut. Daniel Guzman, pour préparer la rencontre, s’était surtout fiés aux déclarations de l’entraîneur d’Atlante, un bon ami à lui. Tu parles… De l’autre côté, il fallait surtout étudier les remplaçants puisque Estrada, Figueroa, Arce, Jimenez et Luduena, cinq hommes bourrés de qualités, n’étaient pas sur le terrain. En revanche, Benitez, qui revenait de trois mois de blessures, était titularisé pour la première fois de l’année. Et il avait pour le moins envie de faire ses preuves puisque Steve Bruce, le manager de Wigan, tente de convaincre son président de débourser près de 11 millions de dollars pour s’attacher ses services.

Si les Laguneros ne savaient pas grand-chose de leurs hôtes du soir, l’inverse était totalement faux, puisque les qualités individuelles et collectives des Mexicains avaient été étudiées par le staff technique montréalais et transmises aux joueurs. Pardon, les qualités, mais aussi les défauts. C’est important, ça a même été une des clefs de la rencontre.

Et on a pu le constater… après cinq minutes à peine. Un ballon dégagé de la tête par la défense centrale de Santos Laguna (dont le jeu aérien est une des forces) est récupéré par un montréalais. Il glisse au sol à Sebrango. Le jeu à terre, en revanche, est une des faiblesses des visiteurs du soir dans ce compartiment. L’attaquant cubain joue vite, un une-deux avec Brown, pour s’infiltrer et se retrouver en position idéale. Il le faut car, sachant les difficultés de leurs arrières centraux à négocier ces ballons, leurs équipiers sont habitués à venir leur prêter main forte à la vitesse de l’éclair. La ruée vers le ballon est gagnée par Santiago, qui illustre le plus parfaitement les forces et faiblesses de l’axe défensif mexicain. Mais pressé par Sebrango, il envoie une pointe digne des plus grands attaquants des cours de récréation, tellement bien placée qu’elle est imparable pour Sanchez (notre joueur a confirmé aux médias directement après le match qu’il n’était pas l’auteur de ce but et en l’observant au ralenti à la télévision, on voit effectivement que c’est son concurrent direct qui pousse le ballon vers le but).

1-0, on croit rêver ! C’est la fête dans les gradins. Chez les joueurs aussi, évidemment, il faut célébrer. Mais pas se déconcentrer. L’équipe doit faire preuve de discipline. Surtout qu’en face, ils sont susceptibles de réagir rapidement. C’est d’ailleurs ce qui se produit. Piqués au vif, les visiteurs se ruent immédiatement sur le but de Jordan. À peine le ballon remis en jeu, Vuoso lance Benitez. C’est le ballon de l’égalisation, celui qui dans leur tête aurait remis les compteurs à zéro et fait comme si le but d’ouverture n’avait jamais existé. Mais Jordan effectue une excellente sortie et contre l’international équatorien. Pizzolitto, à l’affût, dégage ce ballon chaud le plus loin possible avant que quelqu’un ne se brûle.

Mais Benitez n’est pas décidé à se laisser faire. Le marquoir n’indique pas encore 10 minutes qu’il prend toute la défense de vitesse et se retrouve seul devant le but. Un long ballon qu’il contrôle idéalement du gauche avant de frapper du droit. Cette fois, Jordan est devancé. Le tir est puissant mais hors-cadre. Ouf !

Va-t-on subir cet assaut durant l’heure et quart qu’il reste au match. On ne joue pas depuis quinze minutes, et on souffre déjà. Benitez est intenable, il est trop fort, il faut le serrer de plus près. Pizzolitto et Joqueviel, auteur d’un match du feu de Dieu, se sont ajustés. Il fallait aussi couper toutes ses sources d’alimentation. La plus proche, et probablement la plus dangereuse, est Vuoso. Pizzolitto a un programme spécial pour lui. Il l’applique déjà. Sauf qu’il faut le temps que ça prenne.

Vuoso est un joueur qui, depuis le début de l’année en tout cas, tombe facilement et râle avec la même aisance. Évidemment, il ne va pas commencer à être mécontent dans les toutes premières minutes. Il faut juste patienter, le temps que les choses tournent tellement rarement comme il le souhaite que sa frustration augmente. Plus les minutes passeront, plus celle-ci sera visible.

Les longs ballons de la défense peuvent être une source de danger aussi. Même si ce n’est pas la méthode préférée des Mexicains, autant la couper tant que possible. Le travail défensif de Brown, mais surtout de Sebrango, à cet effet a été excellent. Quand ça ne marche pas, une des méthodes alternatives préférées de Santos Laguna est de faire monter ses arrières latéraux. Là aussi, il faut souligner le travail défensif de Gjertsen et Placentino pour les bloquer dans leur couloir.

Je termine à dessein par le milieu de terrain car ce fut une des batailles cruciales de la soirée. Celle des côtés a été perdue par Santos Laguna. Les deux Torres ont été inexistants, pour des raisons différentes. À droite, Francisco est de ces joueurs plus fantasques qu’efficaces. Auteur de dribbles spectaculaires avant d’effectuer celui de trop ou de rater sa passe. À gauche, Gregorio, pourtant souvent laissé à l’abandon par Braz, était tantôt invisible tantôt complètement ignoré de ses coéquipiers.

La bataille de l’axe a été remportée par Montréal. La récupération est une des grandes forces de Santos Laguna, grâce aux talents de Juan Pablo Rodriguez. En championnat, il va souvent voler les ballons dans les pieds de ses adversaires, plein axe, à 30 m du but. Sauf que voilà, Montréal ne joue pas à la mexicaine et perd aussi ses ballons de manière complètement différente. Et Rodriguez ne savait plus trop où situer son champ d’action… À ses côtés, Toledo, sensé être son clone mais en moins bon (c’est lui qui remplace Rodriguez quand il est absent, alors que Jimenez le complète mieux) s’est complètement fait manger la laine sur le dos.

En face, Grande a été totalement incroyable en première mi-temps. Le travail que Rodriguez était censé faire, il l’effectuait pour le compte de ses couleurs. Mais il parcourait aussi un nombre incalculable de kilomètres. Devant sa défense, derrière ses attaquants, à gauche, à droite, il était partout en même temps au sein de l’entrejeu. C’est tout ? Non, non, loin de là ! Grand nombre de ses courses avaient pour vocation d’effectuer un pressing sur un adversaire en possession de balle dans le but de ralentir leur progression. Et il en a forcé, des passes en retrait voire des mauvaises passes, des temporisations que les Mexicains ne voulaient surtout pas. Autre chose ? Oh oui ! Quand il ne courait pas, il faisait la circulation : des grands gestes des deux bras pour aiguiller ses coéquipiers par sa vision du jeu et les conseiller sur quoi faire du ballon. S’il faut reconnaître qu’il manquait beaucoup de points forts de Santos Laguna sur le terrain, il faut évidemment dire que d’autres étaient présents et ont été battus, plus qu’à la régulière, par nos joueurs. Bien entendu, ça fait pencher le verdict d’une rencontre…

Aux côtés de Grande, Testo ne mâchait pas son travail non plus. On dirait que depuis son arrivée, il a appris à se faire mal. Et il en a contré ou ralenti des adversaires, lui aussi. Malheureusement, à la relance, ce ne fut pas souvent lumineux. Soit parce qu’il prenait trop de temps, soit parce qu’il envoyait le ballon n’importe où. Mais le pressing haut de toute l’équipe, appliqué à la perfection, en limitait les conséquences et empêchait que la défense ne soit soumise à des coups de bélier en règle.

Au contraire, plus les minutes passaient, moins le milieu de terrain visiteur avait droit au chapitre. Et avec plus de lucidité dans certains gestes offensifs du nôtre, Sanchez aurait certainement eu beaucoup plus de travail avant le repos.

On en eut une belle illustration peu après le quart d’heure quand, très bien lancé par Testo qui avait là montré le meilleur de lui-même jusqu’au bout, Placentino se rendit jusqu’à la ligne de but avant de centrer. Mais il mit trop de temps à se décider et, au lieu de servir idéalement Sebrango, qui avait plongé comme une furie au petit rectangle, il passa légèrement en retrait à Brown, dont la reprise fut contrée.

C’est quand même le portier de l’équipe nationale du Mexique, dont les émoluments sont évalués, selon les cours de change, à quelque chose qui tourne entre 1,4 et 1,8 millions de dollars, qui a eu l’intervention la plus difficile à effectuer avant la pause. Sur un centre de Braz, Sebrango puis Brown gagnèrent leur duel de la tête (mais à quoi pensaient donc les défenseurs visiteurs, eux qui sont habituellement intraitables à ce jeu ?), et Sanchez s’empara difficilement, en deux temps, d’un ballon qui se promenait dangereusement près de sa transversale. S’il semblait devoir passer au-dessus, valait mieux ne pas prendre le moindre risque.

Pendant ce temps, Jordan touchait pas mal de ballons, oui. Sur de nombreuses passes en retrait de ses équipiers. Pas de l’anti-jeu, juste de quoi faire tourner la balle, même si jeudi prochain, les supporters mexicains prétendront évidemment le contraire et le hueront copieusement sur chacune de ces actions. Mais le connaissant, il sera dans sa bulle et les sifflets ne lui entreront même pas dans les oreilles.

Il faut dire que devant lui, sa défense lui minimisait le travail. Sur les côtés, Braz et Di Lorenzo s’appliquaient quand nécessaire pour nuire aux latéraux mexicains dont nous avons déjà parlé. Dans l’axe, où les deux titulaires du soir protégeaient très bien leurs ballons, Pizzolitto était égal à lui-même, en digne capitaine de l’équipe. Solide, présent, il ne faisait pas toujours dans la dentelle mais contre une telle équipe, vaut mieux éviter les fioritures sauf quand on est totalement sûr de son coup.

Joqueviel était, il faut le reconnaître, le grand point d’interrogation de l’équipe. Comment allait-il se charger de remplacer Pesoli, l’homme des grands rendez-vous ? N’oublions quand même pas qu’il avait été titulaire à Esteli, Joe Public et Atlante. Il ne plongeait pas totalement dans l’inconnu. Mais quand même… c’était cette fois une autre paire de manches. Et il s’en est plus que bien sorti. On connaissait sa faculté à se replacer rapidement, il l’a encore démontrée, au niveau supérieur. On avait entendu parler de son aisance technique (et on connaît aussi la réputation des centres de formation français), il l’a étalée au grand jour. Notamment la fois où, avec un calme olympien, il se débarrassa de deux adversaires à quelques encablures de son but, sans jamais être inquiété, de gestes qui lui vaudraient bien le surnom de Cédric le magnifique. Accrocheur, parfois à la limite de la faute dans le rectangle, il a toujours su rester en-deçà de celle-ci, et même du geste qui aurait permis aux Mexicains, qui n’avaient pas besoin du bassin tout proche pour montrer leur faculté en plongeon, de s’étaler dans le rectangle et de chercher le penalty. Il est, sans conteste, un des grands bonhommes de la soirée.

Alors que le temps passe sans réel danger ni d’un côté ni de l’autre, les commentateurs tv y vont de leurs impressions personnelles. Claude Quenneville, dont on ne doit pas raconter l’expérience de hockey, se prononce sur l’ambiance et compare avec le Centre Bell : “Ici, c’est pas de la musique préenregistrée…”. Mon voisin, qui était à la Coupe Grey et est grand fan du sport des Alouettes, trouve que l’ambiance est bien plus vivante que ce jour-là.

Mi-temps. 1-0. Incroyable. Il reste cependant 45 minutes à tenir et on voit à la tête de certains Mexicains, notamment du coach Daniel Guzman, que la tournure des évènements n’est pas à leur goût. Oui, ils ont largement snobé les Canadiens mais pas parce que la victoire ne les intéressait pas ! D’ailleurs, il fallait s’attendre à du changement dès le retour des vestiaires.

Ludueña ? C’eut été, à mon sens, la meilleure inspiration de la part de Guzman. Mais après avoir revu la première mi-temps et la prestation cinq étoiles de Grande, je comprends sa décision d’agir dans l’axe du milieu de terrain et de sortir l’insipide Toledo. Il donna ainsi sa chance à Quiñonez (prononcez Quinionez et non Qui nous niaise) arrivé durant le mercato hivernal mais qui n’a pas su gagner sa place. Encore un qui a des choses à prouver et va assurément monter sur le terrain très motivé.

La différence s’est constatée rapidement. Grande avait aussi, il faut le dire, accompli énormément d’efforts. Ceci plus le changement ont équilibré le jeu en milieu de terrain. Finalement, les Mexicains en ont repris le contrôle. Ou plutôt, celui du ballon dans l’entrejeu. Restait à en faire un bon usage mais là, le pressing des hommes de John Limniatis restait toujours aussi efficace.

Santos Laguna devait profiter de la moindre erreur. On rejouait depuis à peine deux minutes qu’ils montrèrent déjà leurs intentions. Un moment de laxisme défensif sur la gauche permit à Benitez, lancé, d’en profiter pour aller menacer Jordan. Toutefois, il ne plaça pas assez bien son tir et le gardien américain put intervenir.

Benitez, qui avait pu souffler au repos, était remonté sur le terrain encore une fois dans d’excellentes dispositions. Cinq minutes après sa première occasion, il perça dans l’axe sans être réellement attaqué et tenta sa chance de loin. Jordan s’empara cependant du ballon sans problème.

Ce fut une toute autre histoire quand Quiñonez botta un coup franc de 25-30 mètres directement dans le coin droit de celui que Claude Quenneville a surnommé Batman (comme l’avatar de Main de Dieu sur le forum d’ailleurs…) Mais Jordan se détendit de tout son long pour aller toucher le ballon et le dévier en corner. Encore un arrêt clef. Quel bonheur sa décision de finalement revenir à Montréal quand même !

Le nouveau venu était pas mal impliqué dans le jeu, bien davantage que son prédécesseur, et Rodriguez pouvait agir avec plus de liberté, sans devoir aussi travailler pour son voisin. Toutefois, il n’a jamais réellement su s’adapter au jeu montréalais a passé plus de temps à chercher Testo qu’à embêter ses adversaires. Cependant, la pression visiteuse se faisait de plus en plus forte. Ça frappait de plus en plus solidement à la porte du 1-1 mais derrière celle-ci, tout un groupe tenait solidement.

Benitez étala une fois de plus ses qualités dans le rectangle, s’amusant avec nos défenseurs. Sauf que, comme souvent, il eut du mal à s’en défaire balle au pied (il a été bien plus dangereux en s’en débarrassant avant de recevoir le ballon) et céda finalement en retrait à Rodriguez dont le tir mêlait puissance et effet mais manquait de précision.

Il fallait absolument que Guzman procède à un geste fort s’il voulait que ses joueurs reviennent à la marque. Faire monter au jeu Ludueña était, évidemment, la meilleure chose à faire. Dès cet instant, l’entrejeu mexicain eut un tout autre visage. Le flanc gauche aussi. Et les mouvements collectifs passant par là allaient soudainement à une vitesse digne des plus grands championnats. Très impliqué, Ludueña permettait des mouvements de 5, 6 voire 7 passes consécutives, en un temps, rapides. C’était superbe à voir.

Sauf que… Sauf que d’abord, même si tout amoureux de football ne peut qu’apprécier ce genre d’actions, on préférait que ça s’arrête toujours à un moment sans se transformer en occasion de but. Ça, c’est le sauf que du spectateur montréalais. Le sauf que mexicain, lui, c’était son attaque. Benitez avait sans doute dépassé le temps de jeu qu’il pouvait tenir, après trois mois sans jouer. Mais comme un type comme ça peut toujours être dangereux, Guzman le laissa sur le terrain. Malgré un risque de blessure, ce qui montre que le coach visiteur avait surtout envie d’un but et pas vraiment de plaisanter… Vuoso, pour sa part, était transformé en ce que nos défenseurs voulaient : une baboune qui passait plus son temps à râler qu’autre chose et dont le menton était tellement allongé qu’il frottait presque la pelouse du stade olympique.

La quadrature du cercle n’était donc pas résolue pour l’entraîneur visiteur, qui décida de remplacer l’autre Torres par Quintero, un autre transfert hivernal qui, après des débuts difficiles, a trouvé ses marques depuis quelques semaines dans sa nouvelle équipe (c’est lui qui remplaçait Benitez pendant sa blessure). Ça allait chauffer, c’était promis.

En face, Brown et Sebrango avaient moins l’occasion de s’exprimer offensivement que durant les 45 premières minutes. Mais ils ne rechignaient ni l’un ni l’autre aux tâches défensives et leur positionnement, et surtout leurs changements de place incessants, causaient bien des maux de tête aux arrières visiteurs. Sebrango, le plus efficace des deux, était souvent le plus près du but mais… c’est lui qui revenait le plus profondément derrière pour défendre. Brown, quant à lui, décrochait dans les phases offensives pour demander le ballon et réorienter le jeu, mais pouvait aussi se placer dans les parages de Sanchez pour demander des ballons de la tête ou quand Sebrango n’était pas là. Un duo où chacun peut prendre la place de l’autre dans certaines circonstances, sans que les deux hommes ne se marchent sur les pieds, voilà qui constituait une menace sérieuse.

Les défenseurs mexicains ne voyaient toutefois plus tellement le ballon mais ils ont peut-être oublié qu’ils devaient rester concentrés. Deux minutes à peine après la montée au jeu de Quintero, un long coup franc de Pizzolitto s’en allait devant le rectangle visiteur où Brown l’attendait. Santiago réagit tard et eut la mauvaise idée d’aller au duel avec le Panaméen. Il le perdit et laissa Sebrango seul avec Garcia. Ce dernier, d’un geste digne du sergent du même nom dans Zorro, se fourvoya complètement. Le duel était désormais entre notre attaquant et le gardien, qui n’aime pas ces ballons venus de loin (Guillaume Dumas en avait parlé à la 20e minute, bien vu). Le cuir frappa le sol et, surface oblige, bondit très haut. Sebrango savait parfaitement où il allait aboutir et sauta pour placer sa tête au bon endroit, devançant Sanchez et envoyant le ballon au fond des filets.

Goooooaaaal ! Goal, goal, goal, goal,gooooooooaaaaaal ! Pour l’Impact de Montréaaaaaal ! 2-0, magnifique, extraordinaire ! Eduardo Sebrangoooaaaal ! Les joueurs, déchaînés, jubilèrent largement plus que lors de l’ouverture du score et se dirigèrent vers leur kop, parti dans un délire encore plus fou. Les danses de joie se multipliaient, juste en dehors du terrain et dans les tribunes.

Il ne semblait plus rien pouvoir arriver aux Montréalais. Les Mexicains, eux, avaient pris un sérieux coup sur la tête. À l’image de Ludueña, qui était entré au jeu comme une furie et semblait avoir soudainement perdu toute sa motivation. Et ce joueur, en championnat, est souvent le métronome de son équipe. Quand il va bien, tout tourne bien. Quand il est en dedans, ses équipiers le sont aussi.

On a quand même eu chaud quand Vuoso s’infiltra entre deux défenseurs, devança Jordan et, du bout du pied, envoya le ballon à ras du montant. Mais, heureusement, du mauvais côté du but. C’était la dernière occasion réelle de Santos Laguna.

Bien qu’assommée, l’équipe de Torreon voulait réduire le score. Elle savait éperdument bien la différence entre 2-0 et 2-1. Si rien ne changeait, un but montréalais au stade Corona les forçait à marquer quatre fois, rendant la tâche quasi insurmontable, même contre une équipe qu’ils ne considèrent pas comme si bonne que ça… En cas de réduction du score, une simple victoire par 1-0 leur aurait suffi au retour.

Et donc, ils ne perdaient pas le moindre instant. Les touches se faisaient au plus vite, ils ne laissaient pas les ballons sortir du terrain loin, ils le rendaient aux montréalais quand ceux-ci devaient le remettre en jeu. Ils prenaient bien ce match à cœur !

C’est là qu’un des autres combats à distance entre les points forts des deux formations s’illustra de plus belle manière encore : la solidarité défensive. On a déjà parlé de celles des Laguneros. Mais côté montréalais, Pizzolitto et Joqueviel n’étaient jamais laissés à leur sort. Il y avait toujours un pied, une tête, ou quoi que ce soit pour contrer les Mexicains qui venaient tenter de menacer. Ce n’était cependant pas un tous derrière au péril de notre vie car nos joueurs savaient parfaitement bien où ils devaient être placés en temps normal pour soit repartir vite devant soit empêcher l’adversaire de revenir en une fraction de secondes. 90 minutes durant, ils ont fait preuve de cette discipline indispensable à la préservation de leur but.

Se jetant dans la bagarre avec l’énergie du désespoir mais sans trop de conviction (elle était toute passée dans le camp d’en face), Santos Laguna n’obtint pas la réduction du score tant recherchée. L’arbitre siffla la fin du match sur le score de 2-0 et les joueurs purent – enfin – se rendre compte de la portée de leur performance. Certains semblaient se dire à ce moment-là, “Oui, oui, on l’a fait, c’est bien vrai” et tous partirent dans une jubilation bien méritée, sous des applaudissements d’une foule très enthousiaste. S’il fallait la convaincre de revenir, le scénario de la soirée était on ne peut plus idéal.

Bien entendu, il ne faut pas non plus tomber dans l’allégresse facile. Les entraîneurs, malgré leur bonheur, ont la mission de garder les pieds de leurs joueurs sur terre : ce n’était que le match aller et rien n’est fait. Dans les déclarations d’après-match, le discours était clair, “C’est la mi-temps d’un match de 180 minutes”. Et Santos Laguna, très touché dans son orgueil, voudra retourner la situation. Comme ce fut le cas… lors de la mi-temps de ce match de 45 minutes. On a vu le résultat, puisse la suite être du même tonneau.

Ce ne sera pas facile jeudi prochain au stade Corona. Les joueurs de Torreon y sont quasiment intraitables. Mais leur tâche ne sera pas facile. Même de loin, nos joueurs ont besoin du soutien de nous tous. Un petit but montréalais forcera l'adversaire à marquer quatre fois. Cela sera intense, très intéressant et encore plus passionnant que la rencontre au stade Olympique. Ne ratez pas ce nouveau rendez-vous, qui sera peut-être encore une nouvelle page d’histoire !

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